Au milieu de ce mois de septembre, alors que la rentrée est déjà passée, nous célébrons le 14 septembre, la fête de la Croix glorieuse. Cette fête liturgique est tirée à l’origine de « l’invention » ou de la redécouverte de la Croix du Christ par S. Hélène. Par la suite, elle est devenue aussi l’anniversaire de la dédicace de la basilique de l’Anastasie à Jérusalem. Le lendemain, le 15 septembre, nous tournons nos regards vers la Vierge Marie auprès de cette même Croix en faisant mémoire de Notre-Dame des 7 Douleurs.


Regarder la Croix du Christ
Ainsi, en ce mois de septembre, l’Église nous invite à regarder la Croix. Mais que veut-elle vraiment nous montrer ? Quel pourrait être le lien entre la Croix et nos rentrées ? Précisément, en ce début d’année, nous nous souhaitons de la réussite dans le travail ou sur les bancs de l’école, de l’épanouissement dans nos projets, des rencontres enrichissantes. En face de cela, Jésus nous souhaite pour cette nouvelle année : « Renonce à toi-même, prends ta croix et suis-moi. ». Vous en conviendrez, le programme n’a rien d’enthousiasmant, il pourrait même faire fuir tout le monde.
Oui, nous pouvons avoir le sentiment d’avoir été trompé sur la marchandise. Nous croyions que le Christ nous promettait la joie, le bonheur et la vie éternelle et voilà qu’il nous parle de renoncement. Et cela semble même aller contre le bon sens : nous ne voulons pas souffrir. Nous ne voulons pas porter une croix. Nous voulons réussir notre vie, comme tout le monde, et c’est bien légitime.
En fait, regarder la Croix nous effraie parce que nous n’y voyons que l’effort, la difficulté et la lourdeur. Alors, nous cherchons un compromis : nous essayons de négocier avec elle, de la porter à minima, sans qu’elle nous coûte trop. Mais là encore, ce n’est pas la logique de Dieu. La logique de Dieu est sans compromis, sans limite. C’est la logique de l’amour qui va jusqu’au bout, qui est prêt à tout donner pour celui qui est aimé. Tout au long de sa vie, Jésus ne calcule pas, il ne regarde pas le coût : il regarde l’homme qu’il vient sauver. Il charge la croix sur ses épaules par pur amour jusqu’à perdre sa vie par amour.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »
Aujourd’hui, à l’image de la Vierge Marie suivant Jésus dans son chemin vers le Golgotha, le Christ nous appelle nous aussi à porter notre croix : non par contrainte, non par stoïcisme ou par devoir, mais par amour. Seul l’amour donne son sens à nos épreuves, nos fatigues et nos renoncements. Sans l’amour, la croix est stérile; avec l’amour, elle devient féconde. La Croix est non seulement présente dans toute vie, qu’elle soit une vie conjugale, familiale ou sacerdotale… mais plus encore, elle est présente tout au long de notre vie.
Rappelons-nous qu’une vie chrétienne sans croix n’est pas possible. Une vie chrétienne sans croix est une utopie. Nous avons tous des croix à porter dans nos vies : des soucis de santé, des problèmes financiers, des séparations dans nos familles, des blessures d’enfance… En ce début d’année, demandons-nous quelle croix Dieu nous invite à porter ? Quelle croix allons-nous supporter par amour cette année ?
La belle tradition de la croix en Croatie
En Croatie, il y a une très belle tradition. Le jour du mariage, les fiancés viennent à l’église avec une croix. Et le prêtre leur dit : « Vous avez trouvé votre croix. Et c’est une croix à aimer, à porter, une croix à ne pas jeter, mais à chérir ». Cette tradition ne reflète pas une vision négative du mariage, comme si le conjoint était une croix à porter. Au contraire, elle montre que la croix est la source de tout amour et l’unique chemin pour aimer jusqu’au bout. Elle est le parfait reflet de l’échange des consentements : « Je promets de te rester fidèle, dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, et de t’aimer tous les jours de ma vie ». La Croix n’est pas un autre chose, elle est un don d’amour.
D’ailleurs, pendant l’échange des consentements, les deux époux ont chacun la main droite sur la croix, comme pour enlacer le Christ dans leur mariage. Juste après, ils embrassent le Christ sur la croix, comme nous le faisons le Vendredi saint, car ils savent qu’il est la source de l’Amour et que sans lui ils ne peuvent s’aimer. Après la cérémonie, les mariés amènent le crucifix chez eux et lui donnent une place d’honneur dans leur maison. Il deviendra le centre de la prière familiale. Ils se présenteront devant le Christ crucifié. C’est devant lui qu’ils déposeront leurs joies, leurs réussites mais aussi leurs incompréhensions, leurs blessures et leurs souffrances. Et c’est devant lui qu’ils peuvent trouver la force de se pardonner.


Alors, en ce début d’année, redécouvrons notre prière personnelle devant la Croix. Rendons à la Croix une place d’honneur dans nos maisons, dans nos chambres mais aussi et surtout dans notre vie. Peut-être même dans le secret de nos chambres, nous pouvons redécouvrir ce geste symbolique d’embrasser la Croix. Car oui, nous voulons aimer la croix. Nous croyons à la fécondité de la Croix portée par amour et nous voulons porter cette Croix à la suite du Christ.