La famille, lieu d’ouverture vers le monde 

L’enfant paraît et aussitôt le parent est tiraillé entre deux intuitions : contenir ad intra ou pousser ad extra. C’est, au mieux, un balancement permanent entre : le peau-à-peau ou les bras de la petite cousine qui renifle, la sécurité de la poussette ou le bac à sable investi par les chats, les petites roues stables du vélo ou les sauts de la trottinette freestyle, les kaplas dans la chambre ou la cabane dans le pommier, enfin très (trop) vite les vacances chez Bonne-Maman ou le woofing avec les copines. Alors on se force, on pose des actes contre-intuitifs parce qu’on le sait bien : ce dont nos enfants ont besoin, c’est à la fois qu’on leur donne un ancrage solide et une capacité à aller confiant au monde. Nous devons leur transmettre des racines ET des ailes. Mais comment la famille peut-elle être à la fois cet espace sécure et un tremplin vers le monde ? 

La famille est un lieu d’ouverture

 Nous sommes tous un peu menacés par nos fermetures. « Familles, je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur », semble nous hurler Gide. Pourtant, il est absolument nécessaire de commencer par investir notre cellule familiale. Ils sont admirables ces parents qui s’appliquent pendant 25 ans, généreusement, besogneusement à créer une famille avec des tempéraments comme ceux-là. À force de quotidien, d’événements, ils relèvent humblement le défi et créent une histoire commune avec ses références et ses souvenirs. Paradoxalement, la condition de cette réussite est que cela ne va pas, et ne doit pas, durer. La famille est un lieu de fécondité donc d’ouverture. Comme la graine, chacun de ses membres porte en lui, en puissance, la Vie. Un jour, arrive une fiancée, une congrégation, qui viennent nous rappeler que nos enfants ne nous appartiennent pas. On le savait pourtant, les tracas de l’existence nous l’ont assez répété. On peut alors enfin goûter à cette joie de les voir devenir adultes, et cesser pour cela d’être des enfants. Ils choisissent leur propre chemin, ils existent sans nous. Sans nous ? 

prêtre salut une mère et son enfant

La famille est un lieu de fécondité donc d’ouverture. Comme la graine, chacun de ses membres porte en lui, en puissance, la Vie.

Construction et altérité

La famille est le premier lieu de notre construction. L’expérience de l’altérité domestique qui s’y vit en fait la première des sociétés, et le couple qui en est le socle est lui-même un petit miracle d’ouverture. En effet, les relations affectives de notre enfance font le lit de nos relations adultes, et la sensibilité de ceux qui nous entourent lors de notre prime enfance va marquer notre propre sensibilité. Cette dernière va continuer de se déterminer par nos actes et orienter nos élans. On préférerait un lieu moins imparfait. Zoom sur le plan de Dieu avec la généalogie du Christ, pour ceux qui ne le savent pas déjà : les patriarches sont des pauvres types. Notre propre famille aussi est peut-être peuplée d’individus aux blessures béantes et aux caractères qui peuvent sembler incompatibles. Les choses ne se passent pas toujours comme il le faudrait mais Dieu fait fi de l’inattendu, il est fidèle malgré nos défauts et nos péchés. C’est parce qu’elle est si imparfaite que la famille doit rester un lieu ouvert à la grâce et à la miséricorde. C’est son moyen de remplir sa mission d’église domestique, lieu d’accueil dans le monde : radicalement « du monde » et pourtant manifestant ce qui en est en dehors. Mystérieusement, la famille qui cherche humblement l’Essentiel sans cacher ses faiblesses peut révéler Dieu au monde. C’est la promesse de Dieu à un vieillard stérile : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 3)

Famille et ouverture au monde

un papa marche avec sa petite fille

On est prêt à y croire mais comment cultiver l’ouverture de notre foyer ? Se souvenir que « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique pour que le monde soit sauvé. » (Jn 3, 16) Oui, le monde est aimable. On est d’abord ouvert parce qu’on aime les gens. Parce que du garçon de café à la petite mamie du quartier, on est attentif, prêt à la rencontre. Petit à petit, nous élargissons notre cœur puis notre table, jusqu’à nous risquer à accueillir l’infréquentable. Jésus a accepté chaque rencontre : le lépreux, la femme adultère, le publicain, le possédé… Il les a désirées. Méditons avec Madeleine Delbrêl, la championne de l’ouverture : « À qui veut rencontrer à l’aise ces frères disparates dont le monde est peuplé, il faut une royale indifférence pour tout ce qui n’est pas cette foi dénudée, essentielle (…). Alors nous serons agiles et devenus à notre tour des paraboles, parabole de la perle unique, minuscule, ronde et précieuse, pour laquelle on a tout vendu. » 

Marie Dômont

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