La musique comme mission

Musique et liturgie dans l’histoire

La musique accompagne la liturgie depuis toujours ; d’abord par héritage de la tradition juive avec les psaumes chantés d’une seule ligne mélodique sans accompagnement, en langue grecque et parfois latine. Puis, plusieurs siècles plus tard, le grégorien arrive afin d’unifier les traditions musicales (romaine, gallicane …). Le Moyen Âge voit apparaître une polyphonie simple avec des secondes voix d’abord parallèles à la ligne mélodique, puis des polyphonies plus complexes avec l’arrivée de la Renaissance et l’arrivée du baroque. Ce dernier ajoute une instrumentalisation du chant liturgique pouvant parfois questionner sur la place de la musique liturgique : concert ou prière ?

Au XIXe siècle, Pie X réaffirme le grégorien comme chant propre à l’Église romaine, et au XXe siècle, le concile Vatican II va dans le même sens, sans exclusivité. Dans les suites, dans un souci d’inclure plus fortement l’assemblée dans la liturgie des offices, on observe la composition d’une plus grande diversité de chants, du polyphonique classique au plus moderne. Mais d’ailleurs, pourquoi chante-t-on lors de nos offices ? Le pape Benoît XVI répond à cette question : « La musique que vous exécutez n’est pas un accessoire ou seulement un ornement extérieur de la liturgie, mais elle est elle-même liturgie. Vous aidez toute l’assemblée à louer Dieu, à faire descendre au plus profond du cœur sa Parole, avec le chant vous priez et vous faites prier. » (Discours du pape Benoît XVI lors de la rencontre organisée par l’Association italienne Sainte-Cécile, le 10 novembre 2012)

Musiciens pendant un pèlerinage

La composition polyphonique connaît depuis quelques années un nouveau souffle. Dans cet élan, il y a un enjeu à réinvestir nos talents dans nos animations paroissiales. Se mettre au niveau de ce que mérite l’annonce de l’Évangile ! Tout en respectant nos limites et faiblesses dans ce domaine, tant qu’on s’y engage de plein cœur. On observe dans de nombreuses églises une pauvreté qui n’appelle qu’à un renfort. Il y a là une vraie nécessité de faire Église en passant par le beau pour le sacré. Combien de personnes ont été touchées par la beauté d’un chant, d’une image, d’une icône ou par un paysage ? Dieu se montre et nous parle directement par nos sens. Nous nous devons de partager sa parole par le beau ! Le chant est donc directement un moyen d’évangélisation. Une chorale qui chante dans la rue attire rapidement les passants par la beauté du chant mais également par l’unité qui émane des chanteurs. Le chant unifie l’assemblée, les personnes et porte la prière.

Des musiciens accompagnent une messe

Un renouveau du chant liturgique

Pourquoi tant de chorales naissent depuis une dizaine d’années ? Le chant liturgique est sorti des églises pour s’écouter en voiture ou dans les écouteurs lors des révisions d’examens. Beaucoup de jeunes ont été bercés par les disques de la Communauté de l’Emmanuel, par les chants de Taizé ou encore des DAC (Dei Amoris Cantores) qui ont montré que le beau et le chant qualitatif peuvent passer par la simplicité et l’accessibilité du chant en amenant un renouveau dans le répertoire liturgique. Par ce répertoire disponible, le chanteur est le premier converti par le chant qu’il entend (et qu’il chante). Nombreuses sont les chorales d’aumôneries ou de mouvements scouts qui débutent par ce répertoire. Le chanteur restant le seul musicien ayant toujours son instrument à disposition, il y a une certaine facilité à monter des chorales pour la liturgie. Attirant ainsi des chanteurs amateurs aux plus expérimentés révélant de nombreux talents autour de la musique ! Cette émergence de talents mène à beaucoup de projets divers et variés. L’envie de faire fructifier les talents donnés permet une diversification des mouvements autour du chant : des routes chantantes alliant une dimension pèlerine et le chant pour l’évangélisation, des évènements solidaires comme des réveillons ou des maraudes utilisant ainsi le chant comme moyen missionnaire pour réunir et transmettre la joie et la foi.

Des propositions de formations musicales sont apparues en parallèle de l’essor des chorales permettant à ces dernières d’élever leur niveau, et aux choristes d’exprimer pleinement la beauté de leur talent pour sublimer l’évangélisation. C’est ce que le mouvement Ecclesia Cantic propose à travers ses rassemblements et ses formations de composition et d’animation. En somme, le chant élève l’âme et touche les cœurs, c’est cette recette qui a permis à de nombreux talents et projets de naître autour du chant pour se mettre au service de la liturgie, de la mission et surtout au service de Dieu et de l’Évangile.

Maximilien Gedda

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