Les vertus dans la vie de famille 

Dieu n’a pas créé la famille pour rien ! Les Pères de l’Église nous disent qu’en créant l’homme et la femme, il pensait déjà au Christ et à l’Église.

La famille est le lieu par excellence où se joue naturellement l’essentiel de nos vies : rien de moins que le « salut de nos âmes ». C’est en cet espace de vie, dans le plan de Dieu, que chacun « en regardant au-delà de ses propres affaires et du quotidien, se met à la recherche de sa destination essentielle, de la vérité, de la juste voie, de Dieu. » (Benoît XVI, discours à la curie Romaine à l’occasion des vœux de Noël, 22 décembre 2005.)  

Le sacrement du mariage

« Le mariage est un sacrement. » Comprenons-nous nous bien la portée de cette affirmation ? Parfois nous le professons pour espérer que ce sacrement soit un adjuvant de grâce pour aider les époux à s’aimer. Et c’est bien le cas. Mais il s’agit de ne pas perdre de vue la finalité de cet amour, inscrit dans le projet du Créateur. Comme tout sacrement, le sacrement du mariage vise directement la cime de notre destinée humaine. Il sanctifie les relations de famille afin que chaque membre, comme un navire en pleine mer, puisse trouver et atteindre le cap de sa vie. Pour un chrétien, le cap, c’est Dieu. L’image du navire a souvent été employée pour illustrer le rôle que tiennent les vertus dans notre itinéraire de vie. Si le souffle et la force intérieure des matelots viennent de Dieu. On pourrait dire que les « vertus » sont les rames du navire.

La vertu a besoin de temps, de soutien. Nous découvrons en famille la joie d’être co-responsables les uns des autres.

Vertus et habitudes de coeur

« Vertu ». Le mot inspire volontiers une vision étroite et peu enthousiasmante de la vie morale. Quel dommage ! Car c’est précisément en vue du bonheur, de la joie la plus intime et durable que l’agir vertueux est compris dans l’Église. Le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) s’inspire de ce que la sagesse humaine nous a donné de meilleur à ce sujet. Il résume ainsi le sens de l’exercice des vertus : « l’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien. » (CEC 1804) « Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et courage. » (Sg 8, 7) L’Église couronne et trouve l’élan intérieur de ces vertus dites « cardinales » dans celles qu’on appelle « théologales » : la foi, l’espérance et la charité, indispensables secours de la grâce pour nos libertés fragiles.  

Les vertus sont de bonnes habitudes du cœur. Elles désignent cette manière naturelle avec laquelle nous avons besoin de fortifier notre attachement au bien et à ne pas seulement l’accomplir dans l’instant, mais habituellement, fermement et joyeusement. La vertu a besoin de temps, de soutien. Disons aussi qu’elle a besoin d’amis et d’affections justes et bonnes. On ne peut devenir juste et bon tout seul.  

Séminariste et enfant de chœur

Relations familiales et co-responsabilité

On prête à Hannah Arendt cette citation : « Chaque génération d’enfants est comme une invasion barbare que les adultes ont pour tâche de civiliser. » Si la famille est par excellence le lieu d’éducation aux vertus, c’est qu’elle est un lieu de co-éducation. Et pas seulement pour les enfants. En réalité, chaque amitié ou affection vertueuses éduque les petits et les grands. C’est vrai à tout âge de la vie. Aristote déjà, nous rappelait que le but de l’amitié est clairement la vie vertueuse. L’amitié vraie est l’amitié « selon la vertu ». La décision d’agir, de faire ceci ou cela, ne peut pas se prêter ou s’emprunter. Devant le choix, on est seul. Mais dans les relations de famille, dans les bonnes décisions à prendre pour conduire sa vie, on s’encourage, on se félicite, on se corrige. Nous découvrons la joie d’être co-responsables les uns les autres. C’est bien à cette dynamique de conversion de nos relations familiales que Saint Paul nous exhorte dans ses épîtres. La Parole de Dieu nous le rappelle souvent, comme dans l’affirmation, simple et concrète de ce verset de psaume, si proche de nos relations de famille : « Que le juste me reprenne et me corrige avec bonté. » (Ps 140,5) 

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