Comment parler encore de la famille ? 

Un dîner en famille. Nombre de manuels d’histoire reprennent ce célèbre dessin de presse, au moment de l’affaire Dreyfus.« Ne parlons pas de l’affaire Dreyfus », s’exclament les convives, sur la première vignette, unis par un consensus prudent. « Ils en ont parlé ! », lit-on dans le commentaire de la seconde vignette, sur laquelle parents, enfants, frères et sœurs s’écharpent avec violence. Au-delà de ce drame historique si lié à l’histoire de notre pays, l’expérience est commune : les réunions de famille permettent l’expression du plus grand amour comme celle des mesquineries les plus odieuses. Ce constat n’est pas récent et renvoie à la division profonde née du péché originel. Mais, l’époque contemporaine, cette grande « ère du soupçon », va plus loin qu’un simple constat : ce n’est plus seulement le risque du conflit familial qui est relevé, mais c’est la réalité elle-même de la famille qui est suspecte. « Familles, je vous hais ! » s’exclame André Gide, se faisant le porte-parole de tous ceux qui se sentent à l’étroit dans leur famille, parfois étouffante. Lieu de fermeture, de pouvoir, voire d’abus, la famille ne semble pas avoir bonne presse, tant la littérature actuelle se plaît à la décrire dans ses aspects les plus pathétiques ou effrayants. Comment annoncer cette bonne nouvelle, dont parle le pape François, dans ce contexte ? 

des enfants portent des bannières

La joie de l’amour

Et nous ? Notre expérience de la famille ne ressemble peut-être pas à ces drames politiques, littéraires ou cinématographiques (l’acidité d’Un air de famille ou de Tatie Danielle n’est sans doute pas notre quotidien), mais notre histoire est pourtant parcourue par des blessures, par la perte d’idéal devant les limites de nos proches, par les deuils jamais apaisés ou les stigmates encore à vif des séparations en tous genres. Comment témoigner de cette joie de l’amour ?

Un regard de foi

Comme sur toutes les réalités de la vie humaine, la famille, pour être aimée, exige que l’on pose sur elle un regard de foi, qui intègre émerveillement et réalisme. Se reconnaître membre d’une famille, c’est rendre grâces pour le fait d’avoir une origine, de venir de quelque part, d’être né et d’avoir eu besoin, dès le départ, des autres pour grandir. Nous sommes héritiers et nous ne sommes pas des self-made men sur toute la ligne : si l’enfant reçoit tout avec confiance et si l’adolescent a tendance à tout rejeter sans nuance, le véritable adulte est celui qui sait discerner ce qu’il y a de meilleur et de moins bon dans ce qu’il a reçu, sans jugement ni vengeance. 

Le Seigneur Jésus lui-même a voulu naître au sein d’une famille, pour y grandir et même y apprendre à aimer à la manière humaine. La bonne nouvelle vient de là. Le Seigneur aime à ce point la famille qu’il a voulu en avoir une !

Ouverture du pardon et du réconciliation

La famille elle-même, en effet, est marquée par les conséquences du péché, qui sème divisions et incompréhensions, partout où les cœurs ne sont pas convertis. Mais, la prière du Christ, « Que tous soient un ! », s’étend aussi à la famille. Cela implique enfin une ouverture au pardon et à la réconciliation, dans la conviction de foi que ce qui paraît impossible peut advenir avec la grâce du Seigneur. Le véritable regard de foi est toujours réaliste, ne cédant ni au pessimisme absolu ni à l’optimisme béat. La famille n’est ni un carcan haïssable, ni une idole adorable pour celui qui accepte de voir la réalité avec les yeux de la foi.  

un prêtre parle à un jeune pendant un pélerinage

La famille et l’Église

Le Seigneur Jésus lui-même a voulu naître au sein d’une famille, pour y grandir et même y apprendre à aimer à la manière humaine. La bonne nouvelle vient de là. Le Seigneur aime à ce point la famille qu’il a voulu en avoir une, pour sauver et racheter toutes les familles du monde. Il a su y grandir, mais il a aussi su la quitter pour accomplir sa mission, manifestant ainsi que la finalité de toute famille est de s’ouvrir à un ensemble plus grand, à une famille plus large, celle de l’humanité tout entière et celle de l’Église, appelée à accueillir en elle-même tous les peuples et toutes les familles. 

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