12 FÉVRIER 2025, COLLÈGE DES BERNARDINS, EXPOSITION FRISON-ROCHE. Voulant prendre une photo d’un des tableaux, je me fais vertement reprendre par un prêtre inconnu : « Regardez l’œuvre au lieu de la prendre en photo ! » Vexée, car me considérant dans le camp de ceux qui regardent, cette réflexion m’a longtemps poursuivie… Après tout, regardons-nous vraiment les tableaux ? Du chef-d’œuvre que nous croyons connaître à la peinture reçue en héritage devant laquelle nous passons sans plus la voir … Alors comment prendre le temps de contempler un tableau ? Ne cherchons pas à tout voir. Notre vue est sollicitée en permanence et nous avons trop pris l’habitude de « zapper ». Obligeons-nous à choisir une seule œuvre, surtout dans une salle d’exposition, de musée ou une église. Celle qui nous frappe par ses couleurs, sa taille ou son sujet. Puis arrêtons-nous, installons-nous le plus confortablement possible et regardons-la ! Prenons le temps de l’observer. Pris par les couleurs chaudes qui attirent l’œil en premier laissons-nous conduire. Essayons intérieurement de la décrire avec un vocabulaire précis, sans interprétation.

Admirer le tableau
Admirons le modelé des corps, le rendu des matières, les zones de lumière et d’ombres, les nuances des couleurs en laissant notre œil balayer l’entièreté de la surface picturale. Puis concentrons-nous sur le sujet principal, les lignes de construction. Observons particulièrement les mains et les visages, autant d’indicateurs des mouvements du corps et miroirs de l’âme. Cette première étape indispensable est trop souvent oubliée. Alors seulement amusons-nous à deviner le sujet, l’époque, le peintre. Nous le savons déjà ? Tant mieux ! Pourvu que cet acquis ne raccourcisse pas notre contemplation. Jetons un coup d’œil sur le cartel si nécessaire. Notre imagination peut vagabonder, associer ce tableau à une autre œuvre du même sujet, de la même époque ou au contraire opposée. Quelles impressions, sentiments, positifs ou négatifs, l’œuvre me procure-t-elle ?
Observons particulièrement les mains et les visages, autant d’indicateurs des mouvements du corps et miroirs de l’âme.

Le laisser résonner en nous
Attendrissement, répulsion, tristesse, calme, colère, empathie, énergie, excitation, enthousiasme … ? Que le sujet soit profane ou sacré, le peintre en travaillant s’est assimilé à Dieu et nous parle de cette faculté extraordinaire qu’a reçu l’homme. Cela ne peut que raisonner en nous … Que m’apporte cette œuvre ? Une meilleure contemplation de la nature, une admiration de la technique parfaitement maitrisée d’un homme, l’exaltation d’un sentiment amoureux, religieux ou patriotique ? Peut-être simplement un peu de calme, l’abaissement du rythme cardiaque, car pendant quelques minutes je me suis arrêtée.
La beauté est partout, pourvu de prendre le temps de regarder, de lever les yeux, admirer les façades, les détails décoratifs d’un cadre, l’harmonie de deux couleurs … Vous n’avez pas possibilité de vous déplacer ? Installez-vous devant votre fenêtre et vous voilà devant un tableau vivant, changeant, mouvant. Le plus grand des peintres, c’est Dieu, et chaque artiste essaye de l’imiter dans son processus créatif ! Quelle merveille Dieu a-t-il fait en l’homme en le rendant, lui aussi, capable de créer ! Après … , seulement après, prenez votre photo !
Laure Duval