Jésus a-t-il des amis ?

Dans le mystère de son Incarnation, Jésus assume tout ce qui fait la vie d’un homme, à l’exception du péché, y compris, par conséquent, les amitiés. Comment Jésus, Sauveur de tous les hommes, peut-il avoir des préférences et entretenir des amitiés avec certains ?  Une incursion dans l’évangile de Jean, le disciple bienaimé, peut nous aider à entrer dans les amitiés du Fils de Dieu fait homme. 

« Seigneur, celui que tu aimes est malade. » (Jn 11, 3) 

Partir à la recherche des amis de Jésus nous conduit d’abord dans un lieu, Béthanie, dans un moment de détresse : la mort de Lazare. Cette scène abonde de références à l’amitié de Jésus : saint Jean l’évangéliste utilise le verbe grec « philéô ». Le lien qui unit Jésus aux trois frère et sœurs, Lazare, Marthe et Marie est intime, et la mort de Lazare provoque les larmes du Maître. Revenons en arrière au chapitre 10 de saint Jean : Béthanie apparaît au lecteur comme la maison de Jésus, là où il se sent bien. Il peut y venir à l’improviste, obligeant Marthe à se mettre aux fourneaux, tandis que Marie la contemplative l’écoute. Les liens qui unissent Jésus à ses « amis » sont intimes. Jésus ne refuse pas cela, au nom de l’amour universel que Dieu porte à tous les hommes, les bons comme les mauvais, les justes comme les injustes.  

Au sein du collège des Apôtres lui-même, la relation avec Jean se détache, d’une manière particulière, devenant en quelque sorte le modèle d’une amitié spirituelle. Jésus confie à Jean les secrets de son cœur, car il trouve en lui une âme qui écoute et qui scrute le mystère. L’histoire de la sainteté, à travers les siècles, est traversée de tant d’amitiés spirituelles, selon l’affirmation de sainte Thérèse d’Avila : « On vous dira peut-être qu’une amitié de ce genre n’est pas nécessaire, que Dieu vous suffit. Mais moi je vous dis que c’est un excellent moyen d’arriver à Dieu que de communiquer avec ses amis : on en retire toujours le plus grand profit, je le sais par expérience. » Plus qu’un obstacle à l’amour de Dieu et de toute personne humaine, l’amitié qui unit deux personnes devient une manifestation de l’amour et un moyen d’aimer. 

« Notre ami Lazare. » (Jn 11, 11) 

Au moment où Il s’apprête à partir pour redonner la vie à Lazare, Jésus le qualifie ainsi : « Notre ami Lazare. » L’ami du Christ devient l’ami des Apôtres. Cette relation de confiance et de proximité est ouverte ; elle est, en ce sens, le contraire d’une relation exclusive et close sur elle-même. De même, le lien particulier qui unit Jean, « le disciple qu’il aimait », à Jésus est au service de tous. 

Jean reçoit les confidences du Christ pour les transmettre. C’est le cas, lors de la dernière Cène, au cours de laquelle il se penche sur la poitrine du Seigneur pour l’écouter. Mais, cela se prolonge dans la rédaction du quatrième évangile, qui nous donne accès au mystère du Christ, avec le regard perçant de l’aigle témoin du Ressuscité et inspiré par l’Esprit Saint. Peu à peu, le cercle des amis du Christ s’élargit, puisqu’on lui reproche même de se faire « l’ami des publicains et des pécheurs » (Mt 11, 19). 

« Je ne vous appelle plus serviteurs, mais je vous appelle amis. » (Jn 15, 15) 

Le sommet est atteint dans les discours après la Cène. Jésus ne nous appelle plus ses serviteurs, mais ses amis. Chacun de ses disciples est appelé à être son ami, parce qu’il est aimé personnellement et appelé à l’aimer, parce qu’il ne reçoit pas simplement les ordres d’un maître, mais entre dans Son projet. Nous devenons les amis du Christ, parce qu’Il veut nous faire communier à sa volonté, à son désir de la gloire du Père et du salut des âmes.

C’est pourquoi la charité – l’amour proprement surnaturel – se voit défini par la tradition de l’Église, en particulier chez saint Thomas d’Aquin, comme une amitié, que permet l’humble descente du Fils de Dieu fait homme. Le désir humain de l’amitié et l’appel surnaturel à aimer Dieu et le prochain se rejoignent dans cette amitié qu’il nous propose et nous permet de devenir, au Ciel, la grande cohorte des amis de Dieu. 

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