Marie, mère de l’Eglise

Le Royaume a été inauguré par Marie, qui a vécu pleinement de la grâce du Christ. Elle est donc elle-même la « première Église », d’après le mot de Ratzinger. Comment nous enfante-t-elle donc à la grâce de son Fils ?

Marie, demeure vivante du Verbe

Dans le chapitre conclusif de Lumen gentium, intitulé « La bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Église », il est dit de la Vierge Marie que, lors de l’Annonciation, elle « reçut le Verbe de Dieu à la fois dans son cœur et dans son corps » (n° 53). Dans son cœur au point de vivre une communion parfaite avec ce Jésus que, par son corps, elle a donné au monde ; au point de garder toutes ces choses dans son âme et de les méditer ; au point de vivre à chaque instant dans la volonté de Dieu, selon sa promesse : « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1, 38

Cet article est extrait du nouveau hors-série de la Revue Saint-Martin sur l’Église.

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Marie au Cénacle et à la Croix

Marie est toujours là où Dieu veut qu’elle soit. À la Croix, où Jésus étend sa maternité à Jean et à travers lui à tous ceux qui seront ses disciples, et où l’Église naît du sang et de l’eau qui jaillissent de son côté transpercé. Au Cénacle pour appeler, par l’humble intercession de sa prière, l’Esprit Saint sur les apôtres, ses nouveaux fils, et constituer ainsi l’Église. Lumen gentium a bien situé la place théologique de la Vierge Marie dans le mystère du salut : elle est pleinement unie à l’être et à l’agir de son Fils, le Sauveur.  

En effet, à la Croix, Marie, dans sa compassion, ne fait qu’un avec Jésus donnant sa vie pour opérer la Rédemption objective de toute l’humanité ; au ciel, Marie continue, par son intercession, à œuvrer, avec son Fils à la Rédemption subjective, mission confiée à l’Église depuis la Pentecôte et jusqu’à la fin des temps. Marie a donc un lien très fort autant avec l’Église qu’avec le Rédempteur. C’est pourquoi, dans Lumen gentium, Marie est présentée comme modèle de l’Église, et ses vertus modèle pour l’Église (cf. n° 63-64-65). L’Église saisit donc sa propre maternité en regardant Marie. C’est une pensée chère au cardinal Charles Journet : « L’Église, spontanément et sans même y songer, regarde les mystères de la révélation chrétienne avec les yeux de la Vierge. Elle sait que la Vierge a regardé ces choses avant nous. Ce qu’elle retrouve dans le mystère de l’Annonciation, de Noël, de la Rédemption sur la Croix, de Pâques, de l’Ascension, de Pentecôte, c’est cela même que la Vierge y a vu. La foi de la Vierge colore à jamais la foi de l’Église » (L’Église du Verbe incarné, tome II, pp. 431-432). Pour Journet, comme la foi d’une mère peut colorer celle de son enfant, celle de Marie colore celle de l’Église. 

La foi de Marie, lumière pour l’Eglise

Dans cette ligne, Paul VI n’hésite pas à proclamer la Vierge Marie Mère de l’Église, en promulguant Lumen gentium, le 21 novembre 1964. Même si ce titre n’y figure pas expressément, tout y est dit : « La Mère de Jésus représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur, de même sur cette terre, en attendant la venue du jour du Seigneur, elle brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le peuple de Dieu en pèlerinage » (n° 68). Le magistère des papes a confirmé cette maternité de Marie sur l’Église. En 2018, le Pape François a inséré dans le calendrier liturgique universel, au lundi de Pentecôte, la mémoire de Marie Mère de l’Église. 

« Marie est plus qu’un modèle à imiter, elle est une mère à laquelle ressembler. »

Toute l’Église prie dès lors Marie comme Mère de l’Église, car Marie est plus qu’un modèle à imiter, elle est une mère à laquelle ressembler. Pour lui ressembler, il faut la contempler, vivre avec elle et s’en inspirer. Que les traits de l’âme de la Vierge Marie, qui font sa sainte et resplendissante beauté, soient toujours plus ceux de l’Église : l’humilité, la liberté, la foi, l’obéissance, l’espérance, la charité, etc. Pour tout fidèle, membre du Corps mystique du Christ, aimer l’Église en vérité et inconditionnellement signifie reconnaître Marie comme sa propre mère, cultiver sa propre ressemblance à elle et être, comme elle, disciple de Jésus. Que les traits de l’âme de Marie soient toujours plus les nôtres ! 

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