Ex.19, 2-6 Rm.5, 6-11 Mt.9, 36-10, 8
« Soyons tout à Dieu qui est tout à tous par les prêtres ! »
Reprenons ensemble notre marche sur la route du Temps Ordinaire en nous nourrissant au mieux des grâces pascales pour avancer toujours plus loin, mais plus près de Lui…
« Sans moi vous ne pouvez rien faire. »
Une bonne vérité de base qui sert de biscuit pour la route, c’est de revenir sans cesse à la fragilité de l’être humain que nous sommes, chacun de nous.
En citant implicitement saint Jean, « sans moi vous ne pouvez rien faire », la Collecte nous rappelle que « l’homme est fragile et que sans toi il ne peut rien… »
Nous retrouvons cette « carence d’être » dont parle Marcel LEGAUT, carence intrinsèque qui est bien autre chose « qu’un défaut de technique auquel on pourrait espérer porter remède un jour. » Aussi, poursuit LEGAUT, « pour devenir lui-même, l’homme a besoin de ce qui n’est pas lui, de ce qui se présente à lui du dehors et de ce qui provient de ses origines. »
Le croyant suppliera donc le Seigneur, à l’instar de l’homme cité par St Marc : « Je crois Seigneur, mais viens au secours de mon incroyance ! » D’où la Collecte qui ajoute : « donne-nous toujours le secours de ta grâce… »
Première question à nous poser : sommes-nous toujours dans cette attente de Dieu, pour reprendre l’expression de Simone WEIL ? Sommes-nous réellement convaincus que Lui seul donne la Lumière qui nous montre ce qui est juste, et la Force qui nous aide à l’accomplir ?
« Aime et fais ce que tu veux ! »
Quelle est notre compréhension de la Loi ? Il me semble utile de revenir à cette intelligence, souvent viciée, que nous avons de la Loi.
Soit nous absolutisons la Loi donnée dans l’Ancienne Alliance au mépris de la Loi nouvelle qui consiste pleinement en la dilectio pour parler comme saint Paul.
Soit nous privilégions l’amour en trahissant le célèbre mot d’Augustin : « Aime et fait ce que tu veux ! » Plagiant Madame ROLAND, nous pourrions nous écrier : Amour, que de crimes commettons-nous en ton nom !
Dans les deux cas, nous oublions que la lumière de la Loi, ce qui lui donne sa raison d’être, son sens, sa finalité, c’est l’amour !
Les dix commandements ne sont que le mode d’emploi pour les simples que nous sommes afin de nous permettre de concrétiser dans notre vie pratique l’amour de Dieu (3 premiers commandements) et l’amour du prochain (7 suivants).
Comme nous le savons, grâce à la Parole, c’est l’amour que Dieu veut plutôt que les sacrifices, plutôt que l’acte extérieur qui concrétise cet amour. Cela ne nous dispense nullement de l’acte concret au profit du seul amour puisque l’acte est justement l’expression de l’amour ! Cela nous rappelle cependant que l’acte sans amour est vide de sens, sinon de valeur. D’où la conclusion de la Collecte qui nous invite à aimer Dieu, c’est-à-dire à répondre à l’Amour de Dieu, en observant Ses commandements.
« L’amour de Dieu, c’est cela : garder ses commandements. »
« L’amour de Dieu, c’est cela : garder ses commandements. » Et saint Jean d’ajouter : C’est pour cela que les commandements de Jésus ne sont pas lourds : ils sont l’expression de l’amour ! Ils sont l’entrée dans l’Alliance que Dieu vient faire avec moi.
C’est ce que rappelle la lecture de l’Exode : faire alliance avec un autre, a fortiori avec l’Autre qu’est Dieu, le Créateur du Tout et mon propre Tout, c’est sortir de moi pour être totalement à Lui !
Sans me perdre cependant, sans m’annihiler puisque je sais que je n’existe que par Lui. Si je suis, c’est qu’Il m’a aimé, en lisant ce passé comme un présent infini jusqu’en éternité… Lorsque ce Dieu qui m’aime et m’appelle à être, lorsque ce Dieu Père et Créateur me propose une alliance de type unique, exclusive, de type sponsal, je peux y répondre sans crainte. Je dirais même que plus je m’approche de Lui, plus j’adhère à Lui, plus j’existe. Je retrouve cette belle idée de Léon BLOY : « Plus une femme est sainte, plus elle est femme ! »
« Être un royaume de prêtres… »
Le texte de l’Exode nous l’affirme : plus je suis le domaine particulier de Dieu, ‘sa chose’, entendue au plus beau sens du transcendantal res, plus je suis saint ! Le lieu spirituel par lequel passe cette alliance, donation de moi à Dieu (sa chose), et par lequel passe également en retour ma sainteté, c’est mon ‘être prêtre’.
En tant qu’homme, fils d’Adam, appelé à faire monter vers le Créateur les louanges du cosmos, mais surtout, au sens plénier du mot, en tant que baptisé, appelé à rejoindre l’Eucharistie de Jésus, chacun de nous est prêtre. Chacun de nous est appelé à « tourner son cœur vers le Seigneur » (acte d’alliance) et à recevoir de manière fructueuse l’Amour qu’Il nous porte. Prêtre, médiateur… Chacun, dans son âme, est appelé (vocation) à être prêtre, c’est-à-dire médiateur de l’amour : amour à offrir à Dieu, Amour à recevoir de Dieu… D’où l’appellation de « sacerdoce baptismal » qui regarde tous les baptisés.
« C’est par la vie du Christ que nous sommes sauvés ! »
Oui, il ne faut pas oublier que de ces deux amours c’est le Sien qui prime ! Car Il nous a aimés le premier dit saint Jean, reprenant l’affirmation de Paul aux Romains : « la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs… »
Dieu nous a fait sortir d’Égypte et Il ne cesse de nous en délivrer, étant toujours le premier puisque c’est Lui qui suscite en nous le désir du Baptême et ensuite de la Réconciliation…
« Tout à-tous » !
C’est là que réside le cœur du ministère des prêtres. À la suite des apôtres appelés par Jésus, ils ont pour mission d’expulser le mal des cœurs, de guérir les hommes des maladies du péché, de les soulager des infirmités, en particulier l’aveuglement sur leur propre état de malade, et de leur redonner la vie d’enfant de Dieu…
Cette mission est tellement divine -voulue par le Père, donnée par le Fils, portée par l’Esprit- qu’elle est forcément universelle !
Le prêtre est tout à tous, ne faisant acception de personne, comme Paul se définit ; et c’est une des raisons de son célibat qui est nécessaire pour faire de lui le signe efficace de l’Amour universel de Dieu pour tous les hommes !
Il donne à qui demande, même sans argent, c’est-à-dire sans espérance de réussir ou d’être reconnu… Il a reçu gratuitement, lui qui est un pauvre pécheur pardonné. Il doit donner ce même trésor gratuitement… A tous sans réserve !
Que l’importance du sacerdoce ministériel nous interpelle et nous entraîne à prier pour les vocations et, spécialement en ce mois de Juin, pour tous ceux qui vont être ordonnés prêtres, tout particulièrement pour nos frères de la Communauté Saint Martin qui seront ordonnés le 20 Juin 2026.
C’est la prière que je vous invite à offrir avec moi pour mes jeunes frères. Que Saint Martin, perle des prêtres, les ait en sa sainte garde pour que chacun d’eux soit humble et persévérant dans cette mission de passeur de vie, que le Seigneur leur donne d’être en communion avec Lui, Bon et Beau Pasteur qui donna Sa vie pour Ses brebis !!
Être en vacances, c’est vaquer à Dieu !
Quant à nous, chers amis lecteurs, nous nous retrouverons en Septembre, après le temps de vacances bien mérité pour chacun…
N’oublions pas que le terme de vacances vient du mot, vacare, vaquer… Dans la tradition spirituelle de l’Église, transmise de génération en génération, particulièrement par les écoles de vie monastiques, le mot ‘vacat’, qui fleurit au milieu de leurs emplois du temps quotidiens, est un appel de la plus haute importance. Il n’invite pas le moine à ne rien faire et à se détendre entre deux activités, bien au contraire ! Il l’invite de manière pressante à revenir à l’Essentiel : vaquer à Dieu pour (re-)construire, renforcer, et mieux vivre son unité intérieure avec le Seigneur qui, bien qu’étant le cœur de sa vie consacrée, peut vite être oublié au profit des activités journalières.
Comme on le voit, être en vacances, c’est en fait l’essentiel de l’activité humaine et spirituelle de l’homme. Loin d’être un farniente, c’est un temps de ressourcement nécessaire pour vaquer à Dieu !
Il n’est point besoin, pour ce faire, de s’enfermer dans un monastère, mais bien de se rétablir paisiblement dans l’état initial de sa vocation d’homme, de femme, de couple, de foyer et de parents ou d’enfants, de consacrés etc…
Ce rétablissement, au sens le plus sportif du mot, sera d’autant plus vrai, profond et complet qu’il se fera à la lumière de l’Esprit que chacun de nous possède, s’il veut bien se donner la peine de visiter amoureusement la Trinité qui demeure en son âme !
Dans cette perspective, je vous souhaite de bonnes vacances !
Nous nous retrouverons à la rentrée !