Ac.2, 1-11 1Cor.12, 3-7.12-13 Jn.20, 19-23
« Viens Esprit de sainteté, Esprit de lumière, Esprit de feu… »
Aujourd’hui, fête de Pentecôte, nous devrions être en contemplation. Une contemplation de baptisé, dans un certain silence qui n’empêche nullement les réjouissances familiales, parce qu’il s’agit plutôt du silence intérieur, silence de l’âme qui contemple en elle-même sa propre naissance à la Vie divine. Le mystère de Noël est le mystère de la naissance de Dieu chez l’homme, le mystère de Pentecôte est le mystère de la naissance de l’homme chez Dieu !
Hodie !
À Pentecôte, nous ne faisons pas que rappeler l’histoire de la fondation de l’Église dans l’Esprit Saint comme les Actes des Apôtres la décrivent, mais nous célébrons la naissance de l’Église, nous rendons actuel cet engendrement qui est aussi le nôtre ! Oui, de la même manière que Jésus ressuscité est rendu présent dans un perpétuel « aujourd’hui » grâce à l’Eucharistie, ainsi la naissance de l’Église, c’est-à-dire la résurrection de l’homme est rendue présente par la même Eucharistie dans le même « hodie » perpétuel !
Soyons attentifs à la Collecte qui ouvre la Messe : ce n’est pas une prière de souvenir, mais bien de mémorial : « Aujourd’hui Seigneur, Tu sanctifies Ton Église… » Hodie ! Voilà que dans cette célébration de Pentecôte dans tous les coins du monde, aujourd’hui, Jésus sanctifie Son Église.
Mais qu’est-ce que la sanctification ? Ce n’est pas seulement ‘être gentil’, avoir fait sa B.A., avoir donné son aumône à la sortie… La sanctification, c’est la présence de Dieu dans notre âme qui nous permettra effectivement de faire tout cela et bien plus…
« Viens Esprit de sainteté, Esprit de lumière, Esprit de feu… »
Dieu seul est Saint comme nous le chantons avec le Sanctus, les trois exclamations exprimant la perfection de la Sainteté trinitaire. « Tu sanctifies Ton église » veut donc dire que Tu y viens ! Tu investis cette réalité, cette chair, cette pâte humaine, faite de bric et de broc, d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, nous tous claudiquant sur notre pauvre route baptismale…
Tu sanctifies ton Église par la venue de Ta force : « Viens Esprit de sainteté, Esprit de lumière, Esprit de feu, redresse ce qui est gauche, éclaire ce qui est sombre, réchauffe ce qui est froid » ! L’Esprit Saint n’est pas quelque chose de mièvre : Il est la Force de Dieu qui console, redresse, éclaire, encourage, accompagne les boiteux que nous sommes tous…
L’Esprit rend présent l’Église, comme Il rend présent le Christ ressuscité dans l’Eucharistie. Oui, le fruit de la venue de l’Esprit, c’est l’Église non plus dans sa fondation, mais dans son développement. Nous ne sommes pas les mêmes qu’il y a un an, et l’Église a grandi depuis sa fondation pour tendre vers cette perfection qu’elle connaît, parce qu’elle la voit, dans la Vierge Marie !
Mise à part la Vierge Marie qui, au moment de l’Incarnation du Fils dans son sein est déjà l’Église en sa perfection, l’Église grandit. Avec et après Pierre, avec et après les apôtres, avec et après les Pères de l’Église, les martyrs puis les moines du désert, avec les missionnaires, l’Église grandit…
La paix, fruit de l’ordre…
Comment se traduit cette sanctification, fruit de la présence de l’Esprit, investissant tout spécialement notre âme grâce à cette Liturgie, comme au jour de la Pentecôte lorsque les apôtres étaient réunis dans la chambre haute ?
Par le don de la paix qui est le fruit de l’ordre. Pas l’ordre au sens politique du mot mais l’ordre fondamental, l’ordre métaphysique, l’ordre spirituel, l’ordre qui doit exister entre un père et son fils, entre une mère et ses enfants, entre les enfants et les parents, entre les citoyens et l’État, entre les hommes et Dieu… L’ordre, c’est à dire la justice, la justesse dans la relation.
Contrairement à ce qu’une certaine bien-pensance actuelle veut faire croire, l’homme n’est pas libre de faire ce qu’il veut car il y a un ordre de Sagesse. Et l’homme se construit dans la mesure où il suit cet ordre, où il peut alors s’établir dans la paix qui n’est pas celle des nations, mais celle du cœur, dont dépendra à terme celle des nations.
« A Son image Il le créa… »
Et l’ordre de l’homme est celui de Dieu, car c’est à Son image que Dieu le créa !
Aujourd’hui, je reçois l’Esprit Saint, je reçois la Puissance de Dieu comme l’écrit Paul aux Éphésiens. Je reçois le dynamisme, les fleuves d’eau vive dont parle Jean. Recevant la Vie de Dieu je suis re-formé, trans-formé, re-créé, par cette Vie, c’est-à-dire suivant l’ordre de Dieu. Dans cet ordre, je retrouve ma place de fils et c’est beau, un fils qui revient à la maison ! La parabole du fils prodigue nous le fait comprendre…
Et c’est ainsi que, rétablis dans notre ordre, nous sommes établis dans la paix : « La paix soit avec vous ! » Ce n’est pas anodin que Jésus, lorsqu’Il apparaît à Ses disciples après la Résurrection, prononce toujours ces paroles, parce qu’Il est vivant de la Vie de Dieu et vient transmettre cette Vie divine à Ses apôtres, suivant l’ordre créateur du Père. Ainsi donne-t-Il, avec cet ordre retrouvé, la Paix du cœur. Et particulièrement aujourd’hui, nous dit Jean, lorsqu’Il remet l’Esprit : « La paix soit avec vous », et aussitôt : « Recevez l’Esprit Saint. » !
« L’Amour du Christ nous presse ! »
Voilà le premier effet de cet investissement de notre âme par l’Esprit comme au jour de la Pentecôte. Ensuite Jésus dit : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi Je vous envoie. » La mission apostolique de ces premiers chrétiens n’est pas de rester dans la chambre haute par crainte des Juifs, mais de partir pour témoigner. C’est une évidence pour eux, comme pour nous dès que nous pensons à ce que nous avons reçu.
L’ordre de Dieu est l’ordre de l’Amour, l’Esprit Saint est l’Esprit de la caritas. Il est l’ordre du don, comme on le voit dans l’intimité de la Vie trinitaire : le Père n’existe que comme Père, par l’engendrement du Fils et Celui-ci n’est que, comme Fils, tourné vers le Père dans l’élan d’Amour de l’Esprit !
Il n’y a pas de fermeture en Dieu, Dieu est une ouverture perpétuelle ! Dieu est un don sans fin, Il est Don parfait, et c’est cette donation perpétuelle qui Le fait vivre.
Nous comprenons pourquoi, nous qui sommes rétablis dans cet ordre de Dieu, ordre de l’Amour, nous sommes poussés à témoigner : « Caritas Christi urget nos » dit Paul. La charité du Christ nous presse à donner notre vie pour nos frères comme Lui l’a donnée pour eux, pour nous !
La mission apostolique de l’Église et du baptisé découle de cette transformation de notre personne rétablie dans l’ordre de la Charité qui définit Dieu : « Dieu est Amour. » Ce n’est pas de la simple philanthropie. Investis de l’ordre de Dieu qui est l’ordre de l’Amour, investis de cette virtus qu’est l’Esprit Saint qui nous a été donné pour diffuser en nous la Charité divine, écrira Paul aux Romains, nous sommes propulsés dans l’ordre du don ! Dans toute relation familiale et communautaire, voilà le principe de construction : le don ! La cellule qu’est la famille, la ville ou la Nation, l’Église, ne peut battre que si son cœur est animé de cette divine sève qu’est l’Esprit de Charité.
« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi Je vous envoie. »
Comme nous l’avons déjà souligné, il y a une identification absolue entre le chrétien envoyé par le Fils et le Fils envoyé par le Père car l’Esprit que nous recevons est l’Esprit même de Jésus ! Cet Esprit nous pousse à agir comme Il a poussé le Christ à agir pour accomplir la volonté du Père.
Nous ne sommes pas autres que Jésus, nous sommes incorporés au Christ qui est la Tête comme l’Église est Son Corps dans une parfaite unité organique. Nous avons le même principe d’opération, nous avons la même force pour aimer, nous pouvons aimer de la même manière, nous avons la même finalité, que Jésus : « C’est la même Puissance qu’Il a déployée en la personne du Christ » enseigne Paul aux Éphésiens.
Toujours dans la belle Collecte, nous avons prié : « Poursuis dans le cœur des croyants l’œuvre de Ton amour commencée au début de la prédication évangélique… » L’Évangile ne s’arrête pas même s’il est vrai que la Révélation est close à la mort du dernier apôtre. Mais la prédication évangélique commencée par le Baptême de Jésus au Jourdain ira jusqu’à la fin du monde, par l’Église sous le même influx qu’est le don de charité !
« Aujourd’hui s’accomplit cette parole »
« Aujourd’hui s’accomplit cette parole » disait Jésus à Nazareth, parlant de la consécration des croyants par l’Esprit pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Aujourd’hui s’accomplit cette Parole : nous sommes consacrés dans la ligne de notre Baptême, dans la conformité à Jésus par l’Esprit Saint qui est l’Esprit de Charité, pour aller témoigner et apporter la Vie aux hommes en leur offrant l’Amour divin, en étant ostensoirs du Dieu-Amour et en essayant de leur faire goûter la paix du cœur qui vient du rétablissement de chacun dans l’ordre de Dieu.
Identifiés au Christ, nous ne serons, comme Lui, que des instruments : « Je suis venu pour faire la volonté de mon Père. » Jésus est le canal par lequel passe la grâce que Lui-même donne. Nous, nous sommes Ses canaux par lesquels passe Sa grâce.
Nous essayerons dans ce Temps Ordinaire, le temps de l’Église, qui commencera dès le lendemain de Pentecôte, de développer notre esprit de témoignage, de mieux vivre de cet agapè, de ce don de Dieu, qui est Charité, afin d’en faire bénéficier notre prochain et de l’attirer à devenir lui aussi témoin du Dieu d’Amour qui désire insuffler Sa Paix dans le cœur de Ses enfants.
BELLE FÊTE DE PENTECÔTE À VOUS TOUS CHERS AMIS !