Vendredi 8 mai 2026, à la basilique Notre-Dame-de-la-Trinité
Chers prêtres, diacres, séminaristes de la Communauté Saint-Martin,
Chers frères et sœurs,
Cinquante ans !
Dans l’histoire de l’Eglise, ce n’est pas très long ! Mais, c’est un temps suffisant pour qu’une intuition devienne une histoire, pour qu’un appel devienne déjà une tradition, pour qu’un petit commencement devienne une fécondité.
Pour célébrer cet anniversaire, le lectionnaire férial nous fait entendre un passage de l’évangile selon saint Jean, tiré du discours de Jésus après la Cène, dans les versets qui suivent l’allégorie de la vigne et des sarments. Ce sont des paroles fondatrices, des paroles pour durer, pour porter du fruit et que ce fruit demeure. Jésus ne parle pas d’organisation, d’efficacité pour la mission ; il parle d’amour : « mon commandement le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». À travers la communauté apostolique réunie au Cénacle, les paroles de Jésus entrant dans sa Passion s’adressent à tous ses disciples, à tous ceux qui se mettront à sa suite au long des siècles futurs de l’histoire de l’Église. Aujourd’hui, chers amis de la Communauté Saint-Martin, elles résonnent à vos oreilles d’une manière toute particulière, pour une action de grâces au Seigneur qui vous a tenus dans son amour pendant cinquante ans et comme une intercession pour que vous demeuriez encore et toujours dans cet amour. Merci de débuter votre pèlerinage à Blois où l’un de mes prédécesseurs, Mgr Cuminal, a accueilli, en 1997, votre maison de formation, à Candé-sur-Beuvron. C’est dans cette basilique Notre-Dame-de-la-Trinité que plusieurs d’entre vous ont été ordonnés diacres et prêtres. Des liens étroits unissent le diocèse de Blois et votre Communauté. En témoigne la présence de trois communautés, à Blois, à Celettes et Montrichard-Pontlevoy. Je vous remercie d’avoir accepté de prendre aussi en charge ce sanctuaire pour faire rayonner la dévotion à Notre-Dame des Trois Ave.


L’amour entre frères, la fraternité sacerdotale et diaconale n’est pas un complément ou un supplément d’âme.
Elle est au cœur de votre vie et de votre ministère, parce qu’elle appartient à l’essence du ministère apostolique et à celle de la communauté ecclésiale. L’amour fraternel, la fraternité sacerdotale et diaconale disent quelque chose du mystère de Dieu. Ils rendent visible la communion trinitaire et rendent crédible l’annonce de l’Evangile.
La vie fraternelle dans une communauté de clercs vouée au service des Eglises diocésaines, des communautés paroissiales, dit par elle-même quelque chose du mystère de Dieu et du mystère de l’Église. La fraternité fut le premier nom de l’Église. Que des prêtres et des diacres partagent une vie communautaire est un signe pour l’Église et un signe pour le monde. Nous expérimentons combien la société dans laquelle nous vivons est marquée par l’individualisme ; celui-ci peut être contagieux et affecter la manière de vivre des disciples du Christ. À l’inverse, voir des prêtres et des diacres vivre ensemble, prier ensemble, collaborer étroitement dans le ministère pastoral, se soutenir, se pardonner… tout cela devient un témoignage puissant. Nous comprenons tous que cela est exigeant ; il ne suffit pas de l’avoir choisi un jour, dans l’enthousiasme des commencements, mais de le vivre dans la réalité banale de ce qui fait le quotidien de l’existence, dans la fidélité mise à l’épreuve par la durée du temps qui passe.
Les paroles de Jésus qui suivent celles du commandement de l’amour sont pour les disciples un puissant encouragement et une invitation permanente à aller puiser à la source de l’appel reçu. C’est d’autant plus vrai pour les ministres ordonnés.

Il y a d’abord la parole suivante : « je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis ». Serviteurs, nous le sommes ou du moins nous essayons de l’être.
Comment pourrait-il en être autrement puisque nous suivons Jésus dont la mission a été de servir : « je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir ». Nous ne pouvons pas dire de nous-mêmes que nous sommes ses amis, mais c’est lui qui le dit : « je vous appelle mes amis » ! C’est une grande grâce d’être appelé par Dieu à le servir, à servir son Fils, sans aucun mérite de notre part ; et que dire alors, de s’entendre appelés par Lui ses « amis » ! Cette grâce peut être comprise comme s’adressant à chacun, mais ce serait trop limitatif que de la percevoir seulement ainsi ; Jésus la formule au pluriel, en s’adressant au groupe des disciples, au collège apostolique : « je vous appelle mes amis ». La grâce de l’amitié du Christ concernant chaque disciple et la communauté des disciples a pour conséquence de transformer la vie de la communauté elle-même : comment vivre en ami du Christ sans vivre la relation fraternelle, l’amitié fraternelle ? En cela, la Communauté Saint-Martin est le fruit de l’amitié avec le Christ vécue ensemble. On ne peut vivre ensemble durablement, faire communauté, sans être tourné vers quelqu’un qui est la source de l’unité. Sinon, nous savons bien que les différences, au demeurant légitimes, au lieu de s’harmoniser pour l’unité, finissent par prendre le dessus et engendrer la division. Quand l’amitié du Christ est la source et le centre, alors la communion fraternelle est possible.

Le discours de Jésus se poursuit par une autre parole très forte qui compte d’une manière primordiale dans toute vocation sacerdotale et diaconale : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis ».
Là encore, nous sommes ramenés sans cesse à la source qui est le Christ lui-même, et cela fonde notre fidélité à la grâce de la consécration que nous avons reçue ; la fidélité à nos engagements est inséparable de la fidélité à Celui qui nous a choisis et elle en dépend entièrement. De même – je le dis au passage – que la fidélité des époux ne peut pas être seulement la fidélité à un engagement moral mais, primordialement, la fidélité au sacrement qui les a unis pour la vie.
Ces paroles du Christ, adressées au groupe des disciples, au Collège des Apôtres, je vous invite, chers prêtres et diacres de la Communauté Saint-Martin, à les relire aujourd’hui, en cet anniversaire de vos 50 ans, comme une clef pour comprendre votre passé, votre présent et votre futur. Votre origine n’est pas seulement le fait d’un projet humain, mais d’une grâce vocationnelle, d’une fidélité à l’Esprit-Saint qui, tout au long de l’histoire de l’Eglise, ne cesse de susciter des charismes particuliers pour la croissance du Corps entier de l’Eglise. Revenir à la Source de l’appel personnel et communautaire permet d’éloigner la tentation subtile de faire comme si tout reposait sur nous, sur nos méthodes, notre organisation, nos projets, nos réussites, etc. Jésus nous rappelle que tout commence par son choix et que tout se poursuit dans la fidélité à ce choix. C’est lui qui choisit, c’est lui qui appelle, c’est lui qui envoie et fait porter du fruit. « Je vous ai établis pour que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ».


Cinquante ans, c’est le moment de contempler le fruit.
Non pas pour se glorifier, mais pour rendre grâce. Des prêtres formés ; des paroisses servies ; des fidèles accompagnés ; des vocations suscitées ; des vies transformées. Cependant, le fruit le plus profond n’est peut-être pas celui qu’on peut voir. Durer, c’est aussi rester fidèle, en traversant les changements, les crises, les épreuves, non pas dans une immutabilité stoïque, mais en se laissant façonner par la main de Dieu qui est toujours à l’œuvre, même là où l’on ne l’attend pas.
Il y a un verbe qui traverse tout l’évangile selon saint Jean : demeurer. Tout le chapitre 15 de l’évangile de Saint Jean est construit autour de ce verbe : il s’agit pour le disciple, pour l’apôtre, de demeurer dans l’amour du Christ. C’est ce que nous pouvons souhaiter de meilleur pour la Communauté Saint-Martin en ce 50e anniversaire de sa fondation. Que l’amour du Christ reste au cœur. Que l’amitié du Christ nourrisse la fraternité. Que la fraternité rende crédible et fructueuse la mission. Ainsi les cinquante prochaines années ne seront pas simplement une continuation; elles seront une nouvelle fécondité. Amen.
