Le témoignage de Léon le Grand
Saint Léon le Grand a été pape dans une période sombre. Sous son pontificat, l’Église se divise dans d’innombrables querelles théologiques, et si Attila reste aux portes de Rome, Genséric pille la capitale de l’empire et manifeste sa déchéance. Bref, saint Léon le Grand avait toutes les raisons de tenir un discours crépusculaire, décliniste, dirait-on aujourd’hui. Pourtant, lorsqu’il parle de la Passion du Christ et de la condition du chrétien, il le fait en des termes victorieux. « Le Seigneur Jésus ne veut pas qu’on verse sur lui des larmes de deuil : il ne convient pas de pleurer sur un triomphe, ni de se lamenter d’une victoire. […] “ Quant à moi [dit Jésus], c’est de plein gré que je subis la croix, et j’accepte cette mort que je vais vaincre. Ne pleurez pas sur celui qui meurt pour la rédemption du monde, vous le verrez revenir en juge dans la majesté du Père ” »(Sermon sur la passion, 10,3). Cette victoire est aussi celle des chrétiens, qui triomphent du mal et de la mort par la foi.
Les 3 victoires du Christ
« Ayez confiance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33). Le Christ est victorieux de Satan, du péché et de la mort. Telle est la grande certitude et la grande espérance des chrétiens. Par le don de lui-même sur la croix, il a amassé un trésor de bonté qui dépasse infiniment tout le mal du monde. Le christianisme est donc la religion de la victoire. Il ne regarde pas seulement vers l’arrière, pour contempler les hauts faits de Dieu, ni seulement vers le haut, pour l’implorer et le louer. Il regarde aussi vers l’avant, certain du retour du Christ dans la gloire et de l’achèvement de sa victoire.
En réalité, les trois victoires ne font qu’une. Satan est celui qui s’est séparé de la source de la vie en revendiquant sa totale autonomie. Il entraine dans la mort, par le mal, ceux qui le suivent dans sa révolte. En accomplissant jusqu’au bout, par amour, le dessein du Père, Jésus a obtenu que nous puissions aussi retrouver le chemin de la communion, et ainsi de la vie éternelle.
Dans la vie du chrétien, la victoire du Christ se traduit par l’engagement à sa suite, dans le désir de repentir et de conversion, rendant effective la victoire sur le mal. Lors du Jugement, elle éclate dans la possibilité offerte d’être purifié du péché. « C’est la rencontre avec [le Christ] qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. […] Notre façon de vivre n’est pas insignifiante, mais notre saleté ne nous tâche pas éternellement. […] Au moment du Jugement, nous expérimentons et nous accueillons cette domination de son amour sur tout le mal dans le monde et en nous » (Spe Salvi, 47).
Victoire du Christ et présence du mal
À l’échelle de l’histoire du monde, cette victoire se laisse deviner dans la limite divine imposée au mal. Devant le déferlement d’horreurs de l’histoire humaine, on pourrait penser que le mal est le plus fort. « Si toutefois nous regardons d’un œil plus pénétrant l’histoire des peuples et des nations qui ont traversé l’épreuve des systèmes totalitaires et des persécutions à cause de la foi, nous découvrirons que c’est précisément là que s’est révélée avec clarté la présence victorieuse de la croix du Christ. […] Le sacrifice de Maximilien Kolbe dans le camp d’extermination d’Auschwitz n’est-il pas un signe de la victoire sur le mal ? »(Jean-Paul II, Mémoire et densité)La foi au Christ, souffrant innocent, Juge des vivants et des morts, entraîne avec elle la certitude d’une justice. « Dieu existe, et Dieu sait créer la justice d’une manière que nous ne sommes pas capables de concevoir et que, cependant, dans la foi, nous pouvons pressentir. […] C’est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans la justice, il y a en même temps la grâce. Nous le savons en tournant notre regard vers le Christ crucifié et ressuscité » (Spe Salvi, 44).