Ouest-France 11/11/2019

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/evron-53600/evron-le-son-et-lumiere-couronne-de-succes-6603412

Évron. Le son et lumière couronné de succès

« La beauté d’hier devient un fondement pour construire la beauté de demain. » Samedi et dimanche, les spectacles son et lumière, à l’initiative de la Communauté Saint-Martin, donnés à l’intérieur de la basilique, ont été présentés à guichet fermé.

Don Paul Préau, modérateur général, a accueilli le public et les personnalités : « C’est une manière pour nous de dire merci aux Mayennais autour de leur belle basilique. Un lieu chargé d’histoire où il y a eu les moines, les sœurs de la Charité Notre-Dame de l’Épine d’Évron et enfin la Communauté Saint Martin. »

Le chœur gothique de la basilique a brillé de mille lumières lors de la narration de la légende de Notre-Dame de l’Épine. Ce spectacle n’a pas été sans rappeler celui des Éphémères du Mans.

Constitué d’un enchaînement de scènes aux lumières vivantes, mettant en valeur les lieux et leur histoire, il a été mis en scène par Vincent Lebeuf, Edel-Spectacles, producteur « enlumineur », avec la participation de Don Bertrand Lesoing auteur, et Don Gilles Debay qui a contribué au montage par ses photos.

La seconde partie a été consacrée à une prestation chorale donnée par les séminaristes.

Croire – mai 2018

Les Cahiers CROIRE – n°317 – mai 2018

L’ATELIER SPIRITUEL :
TRANSMETTRE À LA FAÇON DE LA COMMUNAUTÉ SAINT-MARTIN

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COMPRENDRE

La communauté Saint-Martin est une association de prêtre et de diacres au services des diocèses. Elle fut fondée par l’abbé Jean-François Guérin en 1976. Elle compte aujourd’hui 103 prêtres et diacres, 100 séminaristes et 26 jeunes en année de propédeutique, l’année de discernement avant d’entamer la formation qui se fait à Évron en Mayenne. Les prêtres de la communauté s’investissent dans des missions confiées par les évêques, en paroisse, aumônerie de collège et d’internat, sanctuaires, maison de retraite, etc. Trois grands principes définissent la spiritualité de Saint-Martin : la vie communautaire, la liturgie et l’enracinement dans la tradition de l’Église.

RÉUNIS EN FRÈRES

 Les responsables de la communauté acceptent une fondation s’ils ont la garantie d’une vie commune pour ceux qu’ils envoient. Celle-ci est non seulement source d’équilibre humain et spirituel, mais aussi un témoignage auprès des fidèles. La vie communautaire, qui oblige à s’adapter aux autres de manière très concrète (âge, santé, tempérament…), est signe de la fraternité évangélique. Vivre au nom de l’Évangile avec des personnes que l’on n’a pas choisies est le gage d’une transmission visible de l’appel à la fraternité universelle. Cette fraternité vécue au presbytère se prolonge dans les ministères assumés par la communauté. Toujours en lien avec l’Église locale qui les appelle et les accueille, les prêtres de Saint-Martin collaborent très activement avec les acteurs du diocèse présents dans les paroisses, associations, services et mouvements.

 PORTÉS PAR LA LITURGIE DE L’ÉGLISE

La tradition liturgique des bénédictins a marqué le fondateur de la communauté. La liturgie des heures, le chant grégorien, en plus de la célébration eucharistique quotidienne, sont des piliers de la prière à Saint-Martin.  Pleinement inscrite dans la liturgie conciliaire de Vatican II (elle utilise le rite dit de Paul VI de 1970), la communauté interprète le Concile selon une vision plutôt traditionnelle de la liturgie, marquée notamment par l’usage du latin (autorisé par le Concile). La liturgie, pour la communauté, n’est pas un lieu « d’expérimentation », mais de réception de ce que propose l’Église. Elle est reçue et célébrée avec confiance, même si tout n’est pas compris immédiatement, de l’usage du latin à la « gestique » liturgique. Plutôt que de contourner ces difficultés de compréhension, la communauté a à cœur d’approfondir la proposition de l’Église avec bienveillance. Ce principe permet de découvrir la richesse de la liturgie, d’en bénéficier pour la transmettre aux fidèles. La liturgie devient ainsi canal de transmission majeur de la Parole de Dieu, des sacrements, de l’enseignement de l’Église.

HÉRITIERS DE LA TRADITION DE L’ÉGLISE

La tradition bénédictine, la figure de saint Martin, mais aussi l’École française de spiritualité sont avec la Parole de Dieu les principaux points d’appui spirituels de la mission de la communauté.

 La tradition bénédictine

Outre la force d’empreinte liturgique de la vie monastique, la communauté organise ses relations fraternelles par l’usage d’un coutumier (sorte de règle de vie pour organiser les journées).

La figure de saint Martin

Le soldat. Le saint de Tours, où a été ordonné le fondateur, inspire le style de la communauté. Comme saint Martin, la communauté envisage ses ministères comme une forme de courage, bravant les oppositions pour témoigner de la foi. Il n’est plus question de vivre ce témoignage sous la forme de l’enfouissement mais de manière affirmée, le port de la soutane en étant le signe principal.

Le moine. Les membres de la communauté s’engagent sur un chemin de conversion et de maturation humaine et affective, portés par une exigence particulière de l’exercice de la charité, à l’image de saint Martin. Ainsi, la communauté s’implante souvent dans des diocèses pauvres en moyens et en forces humaines.

Le missionnaire infatigable. La communauté se veut au service de l’annonce de l’Évangile partout où elle peut répondre aux appels nombreux qui lui sont adressés.

Fils de l’École française de spiritualité

Ce courant spirituel né au XVIIème siècle a inspiré une manière originale d’être prêtre jusqu’à nos jours. La communauté partage cet héritage avec, notamment, les sulpiciens fondés par Jean-Jacques Olier. Elle se caractérise par une vie spirituelle où le Christ est au centre de tout. Elle se nourrit dans une formation intellectuelle sérieuse, longue et exigeante, dont l’objectif est l’annonce et la transmission de la foi.

CONSEILS POUR BIEN TRANSMETTRE

  • Avant tout je prie !

Avant de prendre la parole, je prie pour les personnes à qui je m’adresse. Une prière abordée avec soin et selon la liturgie de l’Église, notamment la liturgie des heures, pour ne pas me perdre dans des dévotions annexes.

  • Je me forme sérieusement

La bonne volonté ne suffit pas pour parler du Christ. Il est essentiel de se former (instituts catholique, formations diocésaines, groupe de formation, etc.) Et de relire en équipe les interventions que l’on fait en équipe.

  • Je travaille en équipe

Plusieurs sensibilités cohabitent dans l’Église. Je m’ouvre à la différence et, humblement je me mets au service des personnes en recherche telles qu’elles sont, sûr qu’elles peuvent m’apporter au moins autant que ce que je peux leur apporter, dans un échange humble et fraternel. Je participe ainsi, très concrètement, à la construction de la fraternité et de la communion de l’Église.

  • Je m’inscris dans une tradition

Il s’agit de comprendre que l’Église ne commence pas avec nous. Et qu’il est profitable de puiser dans les trésors de son expérience pour proposer, célébrer et vivre la foi aujourd’hui, non pas en copiant ce qui s’est fait sans discernement, mais en s’en inspirant et en sachant l’interpréter pour le temps actuel.

Sébastien Antoni

Challenge 23/06/2017

Prêtres en soutane, séminaire plein: la visible ascension de la communauté Saint-Martin

Article de l’AFP paru dans Challenge le 23/06/2017

 

Des séminaristes de la communauté Saint-Martin dans la chapelle de l’abbaye d’Evron en Mayenne, le 22 juin 2017-AFP/DAMIEN MEYER

Ils ont fait d’un monastère en Mayenne le plus grand séminaire de France. Arborant la soutane et une foi décomplexée, les prêtres de la communauté Saint-Martin se mettent au service d’évêques qui, d’abord méfiants, sont chaque année plus nombreux à les accueillir.

En cette fin juin, c’est l’effervescence – canalisée par une organisation disciplinée – entre les murs de l’ancienne abbaye bénédictine d’Evron reprise en 2014, qui se prépare pour l’ordination de trois prêtres et huit diacres appelés au sacerdoce.

L’an prochain, ils seront davantage encore à s’étendre devant l’autel de la basilique. “Nous allons entrer dans de grosses années”, apprécie l’abbé Paul Préaux, modérateur général de la communauté, qui rassemble plus de 90 prêtres et autant de séminaristes, sans compter la propédeutique (année préparatoire).

Cette fraternité catholique a pourtant débuté sur un mode confidentiel, près de Gênes (Italie), où l’abbé Guérin l’a installée en 1976 sous la protection du cardinal Siri, figure conservatrice. Le fondateur a posé le cadre de son oeuvre: rigueur des études et soin de la liturgie, largement en latin mais fidèle au concile Vatican II, néoclassique et non traditionaliste.

Un séminariste de la communauté Saint-Martin à l’abbaye d’Evron, le 22 juin 2017-AFP/DAMIEN MEYER

Ils ont fait d’un monastère en Mayenne le plus grand séminaire de France. Arborant la soutane et une foi décomplexée, les prêtres de la communauté Saint-Martin se mettent au service d’évêques qui, d’abord méfiants, sont chaque année plus nombreux à les accueillir.

– Ascèse et foot –

Comment expliquer le succès des Saint-Martin, qui s’appellent par le titre “don”, survivance des années italiennes?

Le choix d’une vie communautaire – ils sont envoyés au moins par trois – rassure. “Un jeune a la trouille de se retrouver isolé”, confie don Camille Rey, curé d’Evron, très attaché à cette vie fraternelle: “On prêche la charité: la vivre ensemble donne force à notre témoignage”. Et puis “les jeunes ne sont plus aussi enracinés dans un diocèse qu’avant, ils n’ont pas forcément envie d’y passer leur vie”. Saint-Martin leur offre la mobilité.

Ordonné cette année, l’Allemand Phil Schulze Dieckhoff se souvient d’avoir découvert “des prêtres heureux, bien dans leur peau: ça a déclenché en moi une réflexion”. Futur séminariste, Charles Giraudon dit apprécier un “style très bénédictin”, avec un “travail manuel important pour ne pas rester la tête dans les bouquins”. Quant à Quentin Jullien de Pommerol, 4e année, il rappelle la devise maison: “Prendre Dieu au sérieux sans se prendre au sérieux”. Les règles plutôt strictes n’interdisent pas la convivialité, les matchs de foot avec les pompiers du bourg, les vidéos décalées sur YouTube…

“Ils savent alterner des moments d’ascèse, de jeûne et des temps festifs où on s’amuse, on boit, on chante”, analyse le politologue Yann Raison du Cleuziou. “Ils manifestent une identité heureuse, dans une forme ancienne, et ça plaît”, abonde le sociologue Jean-Louis Schlegel.

 

Des séminaristes de la communauté Saint-Martin répètent une messe à l’abbaye d’Evron en Mayenne, le 22 juin 2017-AFP/DAMIEN MEYER

 

Des séminaristes de la communauté Saint-Martin répètent une messe à l’abbaye d’Evron en Mayenne, le 22 juin 2017-AFP/DAMIEN MEYER

Quant à la soutane, signe de visibilité cléricale dans un pays sécularisé, “elle a cessé d’être un drapeau, c’est un peu leur bleu de travail”, note Mgr Jean-Pierre Batut, évêque de Blois, où les prêtres Saint-Martin “font maintenant vraiment partie du paysage”.

La communauté aimerait internationaliser son implantation – à ce jour, seule une présence à Cuba et en Italie est assurée – et diversifier son recrutement, centré sur les familles catholiques nombreuses. “On est sur le même profil que l’ensemble des séminaires”, assure le responsable de la formation, don Louis-Hervé Guiny.

“Ce qui est chouette, c’est que les barrières idéologiques sont tombées au sein de l’Eglise de France”, se réjouit-il, désignant le vieil affrontement entre progressistes et conservateurs. L’abbé Préaux relativise: “Quelques diocèses ont encore du mal avec nous. Cela nous apprend à être humble”.

 

 

Le Parisien 25/12/2017

Seine-et-Marne : 25 décembre, le marathon de Don Antoine, curé de Sénart

Article de Marine Legrand paru dans Le Parisien le 25/12/2017

 

Lieusaint, lundi 25 décembre. Don Antoine, en soutane (à g.), a rendu visite à plusieurs familles le jour de Noël dont celle de Joël (en pull noir), qui donne beaucoup de temps à la paroisse. LP/Marine Legrand

 

Entre les messes, les visites à domicile et autres rendez-vous, un prêtre ne chôme pas le jour de Noël. Reportage à Moissy-Cramayel et Lieusaint avec le père Don Antoine.

Six messes en 24 heures, un baptême, des visites à domicile, des vêpres (NDLR : office du soir), un repas avec l’évêque… Noël est un marathon pour Don Antoine, 39 ans, curé de la paroisse de Lieusaint, Moissy-Cramayel et Réau, à Sénart. Car le 25 décembre, jour de repos pour de nombreux Français, rime avec emploi du temps dense pour les prêtres en cette date célébrant la naissance de Jésus.

8 heures. La nuit fut courte pour Don Antoine. Couché à 1 h 30 à l’issue des célébrations du 24 décembre, il entame sa journée par la messe de l’aurore à Brie-Comte-Robert et enchaîne à 10 h 30 avec la messe du 25 décembre à Moissy. « Les célébrations de Noël sont toujours bondées ! », se réjouit-il.

12 h 30. Seul moment de détente, un déjeuner festif se tient la paroisse de Brie-Comte-Robert avec une douzaine de prêtres du pôle missionnaire et l’évêque. « Des paroissiens nous ont préparé des huîtres, du foie gras, on a mis des beaux couverts. C’est un beau moment fraternel », apprécie Don Antoine.

15 heures. Place aux visites d’amitié. En soutane noire, col romain et béret, Don Antoine pénètre dans la Cité du Parc, une résidence HLM à Moissy-Cramayel. « Je viens voir Betty, une fidèle d’origine congolaise, très engagée, qui anime souvent les messes du secteur. Son mari est hospitalisé depuis un mois. Je veux la remercier pour son engagement et la soutenir dans ces moments difficiles. » « Sa venue me touche, confie Betty. Cela montre qu’on est dans son cœur. Ce prêtre a fait beaucoup pour Sénart depuis son arrivée : adorations de l’Eucharistie, visites à domicile, animations avec des missionnaires, liturgie bien au carré… » « Quand puis-je aller voir ton conjoint ? », lui lance le prêtre. « Si vous avez le temps, Don Antoine. Votre agenda est déjà très chargé. » « Demain, 15 heures ? » « Parfait ! » « Au fait, quand baptisez-vous la petite Agnès ? », demande-t-il à une nièce, profitant de toute occasion pour évangéliser.

16 h 30. A Lieusaint, une coupe de champagne et une part de bûche accueillent Don Antoine chez Joël, un jeune d’origine malgache qui anime l’aumônerie et le catéchisme. Toute la famille est présente, on ouvre les cadeaux. « C’est la grâce du prêtre de pouvoir aller partout et de se glisser dans l’intimité familiale. » « C’est vraiment sympa qu’il passe nous voir le jour de Noël », apprécie Joël. Le curé échange des petites blagues avec les proches, s’intéresse aux traditions de Noël à Madagascar… Puis propose une courte prière au groupe avant de s’éclipser, le sourire toujours accroché à son visage rayonnant. « On reçoit tellement à travers ce que l’on donne, vous savez. »

18 heures. Prière et recueillement aux vêpres à Brie-Comte-Robert. Un dîner avec d’autres prêtres de la communauté Saint-Martin achève sa longue journée. « Je ferai encore beaucoup de visites toute la semaine. Puis j’irai voir ma famille et prendrai une petite semaine de vacances. » Avant de repartir pour une nouvelle année marathon.

 

Moissy-Cramayel, lundi 25 décembre. Don Antoine a aussi rendu visite à Betty (à dr.), qui anime les messes et dont le mari est hospitalisé, afin de la remercier pour son engagement et la soutenir. LP/Marine Legrand

 

 

 

 

 

 

La Montagne 10/11/2017

Article de Frédéric Rabiller paru dans La Montagne le 10/11/2017

Trois prêtres

de la communauté Saint-Martin

ont pris en charge

l’ensemble interparoissial de Brive

Trois prêtres de la communauté Saint-Martin ont pris en charge l’ensemble interparoissial de Brive

De gauche à droite : don Matthieu de Neuville, don Régis Sellier, Mgr Bestion, don Paul Préaux, modérateur général de la communauté Saint-Martin, don Nicolas Clappier et Théophile Legrand.photo DR © BRIVE Photo

Trois nouveaux prêtres issus de la communauté Saint-Martin ont rejoint l’ensemble inter paroissial de Brive avec pour mission d’apporter un souffle missionnaire supplémentaire.
Don Régis Sellier est le nouveau curé de l’ensemble interparoissial de Brive. Il est entouré de deux vicaires, don Nicolas Clappier et don Matthieu de Neuville, ainsi que d’un séminariste en stage, Théophile Legrand.
Issus de la communauté Saint-Martin, les trois nouveaux prêtres remplacent les pères Jean Rigal, Gilbert Tembo et Cyprien Sagna (*). C’est à la demande de Mgr Bestion, évêque de Tulle, dans le cadre de ses orientations pastorales, qu’il a été fait appel à la communauté Saint-Martin.
Un appel qui n’a rien du hasard et s’appuie sur un constat alarmant pour l’Église en Corrèze : depuis 20 ans, il n’y a pas eu d’ordination de jeune prêtre et seulement deux prêtres diocésains ont moins de 50 ans. En raison du nombre important de séminaristes et de prêtres dont elle dispose, la communauté Saint-Martin était la seule susceptible de répondre à la volonté de l’évêque de Tulle de créer « dans les cinq ans, trois ou quatre fraternités de prêtres (composées de trois prêtres au minimum) qui porteront, chacune, la charge pastorale, dans un des quatre espaces missionnaires du diocèse ».
Sur le secteur de Brive, il entend créer une halte pour les démunis et relancer la pastorale des jeunes.

 

Halte pour les démunis

« Notre mode de vie en commun, enraciné dans la prière correspond à ce que Mgr Bestion veut offrir à ses prêtres diocésains. Cette fraternité sacerdotale est innée chez nous. Nous cuisinons ensemble, nous mangeons ensemble, nous prions ensemble trois fois par jour. Aujourd’hui, les prêtres doivent se rassembler », précise Don Régis Sellier. Ce nouveau sacerdoce à Brive correspond « au genre de mission qui m’intéresse. J’aime bien les défis missionnaires. Je rends un hommage admiratif à mes prédécesseurs. C’est une course de fond tous les jours avec beaucoup d’activités qui se succèdent », avoue don Régis Sellier qui souligne l’accueil très chaleureux qu’il a reçu à son arrivée.

Malgré un emploi du temps bien rempli, don Régis Sellier ne manque pas de volonté, dont celle de créer une halte Saint-Martin en lien avec les assistantes sociales de la ville. Un accueil pour les personnes à la rue où elles puissent au moins se poser pour trois jours. « On ne peut pas tout faire, mais on ne peut pas ne rien faire », glisse-t-il.

La nomination de prêtres plutôt jeunes sur un ensemble paroissial de Brive qui compte la plus grande majorité de population jeune du diocèse procède aussi d’une volonté de proposer une identification plus forte et de susciter des vocations. Il sera aussi question selon la mission confiée par Mgr Bestion de relancer la pastorale des jeunes. « Il y a trop peu d’enfants qui fréquentent le catéchisme. Ce ne doit pas être une fatalité. Nous devons proposer des activités pour les jeunes que ce soit en termes d’éducation, mais aussi d’évangélisation », constate don Régis Sellier. Les tâches ne vont pas manquer aux trois prêtres de la communauté Saint-Martin.

(*) La messe d’installation présidée par Monseigneur Francis Bestion s’est déroulée le 15 octobre à la collégiale Saint-Martin.

A savoir. L’ensemble interparoissial de Brive comprend les secteurs de Brive, Malemort, Cosnac, Sainte-Féréole, Saint-Pantaléon-de-Larche et Ussac, et concerne environ 80.000 personnes.

Valeurs actuelles 24/06/2016

Saint-Martin ou la joie d’être prêtre

Article de Laurent Dandrieu paru dans Valeurs Actuelles le 24/06/2016

Les membres de la Communauté Saint-Martin réunis devant leur maison de formation, à Evron (Mayenne). Photo © Communauté Saint-Martin

Ordinations. En ce mois de juin, plusieurs dizaines de prêtres catholiques auront été ordonnés en France. Parmi eux, le 25 juin, cinq jeunes appartenant à la Communauté Saint-Martin, où seront aussi ordonnés trois diacres. Visite d’un séminaire qui ne connaît pas la crise.

En plein coeur de la petite ville d’Évron, en Mayenne, adossée à une magnifique abbatiale du XIIIe siècle, l’ancienne abbaye Notre-Dame-d’Évron impressionne par sa vastitude : passé le large porche, on débouche sur un immense jardin, borné de très imposants et élégants bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles. Ça n’est pas un luxe car, depuis 2014, les lieux abritent l’un des séminaires les plus florissants de France, celui de la Communauté Saint-Martin (CSM), qui regroupe pas moins de 100 séminaristes — ils étaient moitié moins nombreux en 2010.

En ce vendredi de la fin mai où nous leur rendons visite, on y entend retentir des salves d’applaudissements : les séminaristes remercient leurs professeurs en ce dernier jour de cours de l’année, avant de s’égayer dans les couloirs de la maison de formation. Rien ici de cette atmosphère compassée, tristounette, un peu chattemite qu’on s’attend malgré soi à trouver dans un séminaire : l’accueil est franc, viril, souriant. Le maître mot, qui revient dans toutes les bouches et surtout sur les visages : la joie.

L’un des trois séminaristes qui seront ordonnés diacres le 25 juin, l’Allemand Phil Schulze Dieckhoff, 28 ans, le confirme : « La joie, c’est primordial ici. Cette joie vient du Christ et de la paix d’être ce qu’on est, la joie d’être chrétien, d’être prêtre, d’être au service, d’être dans la vérité aussi. » « Ceux qui pensent à la prêtrise se disent en voyant nos séminaristes : “C’est possible d’être heureux en donnant sa vie à Dieu” », note l’abbé Louis-Hervé Guiny, responsable de la formation. Étudiant de cinquième année, Antoine Barlier, 25 ans, rappelle un mot d’ordre du fondateur de la Communauté : « Prendre Dieu au sérieux sans se prendre au sérieux. »

Ce fondateur, c’est l’abbé Jean-François Guérin, qui, à Paris, dans les années 1970, avait un grand rayonnement auprès des jeunes. Certains d’entre eux se sentant une vocation de prêtre diocésain et ne sachant trop où aller en cette période de turbulences dans les séminaires français, l’abbé Guérin se tourne vers le cardinal Siri, archevêque de Gênes. C’est donc en Italie que naît la Communauté Saint-Martin. Dès l’origine, ses prêtres et ses séminaristes, qui portent la soutane, mettent l’accent sur la vie communautaire, sur la solidité de la formation et sur le soin apporté à la liturgie, célébrée dans la forme latine du nouveau rite. Ces partis pris traditionnels lui vaudront quelques suspicions dans une Église de France alors très soucieuse de tourner le dos à tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à du traditionalisme, suspicions qui se dissiperont peu à peu. En 1993, la CSM crée sa propre maison de formation, accueillie dans le diocèse de Blois.

Directeur adjoint de l’École supérieure de théologie, l’abbé Jean-Rémi Lanavère nous en donne les grandes lignes : « On ne vise pas l’originalité, mais à faire en sorte qu’un séminariste se retrouve à l’aise avec les grandes orientations du magistère. Pour beaucoup, il y a une incertitude sur ce qui relève de ce qu’il faut croire et ce qui relève de l’opinion. Ce qui rend la formation ici attirante, c’est qu’il n’y a pas de risque que les jeunes se disent : “Là, le prof dit quelque chose, mais qu’est-ce que dit l’Église ? ” Pour les séminaristes, c’est extrêmement reposant et ça libère une énergie considérable pour des choses qui sont plus importantes. Certes, il faut aussi qu’on les prépare à entendre quotidiennement le contraire ; mais, pour ça, la méthode de saint Thomas, qu’on a choisie résolument comme pivot de notre enseignement, est géniale, parce qu’il n’étudie jamais une question sans commencer par les objections ! »

Autre spécificité du séminaire : le mode de vie communautaire, qui est la marque de la CSM. « On a un style de vie assez religieux, note l’abbé Guiny, qui construit une forme d’identité sacerdotale d’hommes consacrés à Dieu. » « La vie commune est devenue encore plus déterminante au cours du séminaire, souligne Antoine Barlier ; et puis j’avais besoin d’être à l’écart pour me former, de quitter Paris, de quitter mes attaches, pour mieux répondre à ma vocation. » Symbole de ces nécessaires arrachements : les trois premières années, les séminaristes sont sevrés de portable… Car les jeunes qui rentrent à la CSM ont les mêmes vulnérabilités que tous ceux de leur génération : l’addiction aux nouvelles technologies, la peur d’un engagement au long cours, une certaine instabilité émotionnelle… Outre la formation intellectuelle et spirituelle, il y a donc aussi toute une éducation humaine à donner. L’abbé Guiny se montre très attentif aux fragilités sexuelles : « Notre génération est plus décomplexée qu’il y a trente ou quarante ans, où on avait mis le couvercle sur ces questions. On essaie de les aborder très librement, sous tous les angles. La vie en communauté permet de repérer plus vite celui qui a des fragilités affectives… »

Décomplexé : le mot, lancé par l’abbé Guiny, est repris par l’abbé Paul Préaux, modérateur général de la CSM depuis 2010. « Il y a une identité sacerdotale très forte à la CSM, sans complexe. En méditant la vie de saint Martin, on s’aperçoit que c’est un homme, combatif et responsable. Ici, on souhaite aussi former des hommes, prêts à assumer leurs responsabilités, à vivre un combat spirituel. La seconde chose qui frappe chez Martin, c’est la recherche incessante de Dieu. Un prêtre, c’est d’abord quelqu’un d’enraciné dans la prière, brûlé intérieurement par l’amour de Dieu, capable de propager cette flamme divine autour de lui. L’esprit missionnaire, c’est le rayonnement d’un coeur irradié. »

La spécificité de la CSM, c’est aussi une certaine manière d’être prêtre en paroisse, par groupes de quatre. « Avant d’entrer au séminaire, dit Xandro Pachta-Reyhofen, un Autrichien de 30 ans qui s’apprête à être ordonné diacre, le seul intérêt que je voyais à la vie communautaire, c’était un remède à la solitude… Depuis, j’ai compris qu’il y a une vraie valeur spirituelle à cette vie, qui est le lieu où la première charité immédiate s’exerce. » « C’est une vie commune au service de la mission, en collaboration avec les évêques, précise l’abbé Préaux : des frères qui vivent ensemble une charité, une vie de famille qui doit déteindre sur la famille de familles qu’est la paroisse. »

 

Le premier diocèse à faire appel à eux fut celui de Toulon, en 1984. Aujourd’hui, 95 prêtres de Saint-Martin sont répartis dans 21 paroisses de 18 diocèses de France, plus deux en Italie et à Cuba. Une vingtaine de diocèses étrangers et 35 autres en France sont aujourd’hui demandeurs. Une extension rapide due, certes, au manque de prêtres, mais aussi aux liens de confiance que ceux de Saint-Martin ont su tisser avec les évêques, le clergé local et les fidèles, parfois un peu réticents à leur aspect traditionnel, mais vite conquis par leur souplesse, leur énergie et, toujours, leur joie. Elle fait que, chez les séminaristes que nous avons rencontrés, l’impatience du ministère l’emporte de loin sur les craintes légitimes qu’il peut susciter : « Ce dont je rêve, dit Xandro, c’est donner les sacrements, et surtout le baptême. J’ai une grande attirance pour ça, introduire les gens à la vie de Dieu. Ce qui est plus fort aujourd’hui, c’est la joie. » Et Phil de confirmer : « Quand je pense à ce qu’est un monde sans la foi, il y a de quoi avoir peur ; et en même temps, je suis émerveillé de voir combien les âmes, et parfois les plus éloignées, ont soif de la Bonne Nouvelle. Ma mission comme prêtre, ce sera d’apporter aux gens le Christ que, d’une certaine façon, ils connaissent et attendent déjà. De ce fait-là, j’y vais avec une grande paix. »

 

 

 

 

 

 

Famille Chrétienne 13/11/2015

Communauté Saint-Martin : une réponse à la crise des vocations ?

INTERVIEW | 13/11/2015 | Numéro 1973 | Par Aymeric Pourbaix

https://www.famillechretienne.fr/eglise/vie-de-l-eglise/communaute-saint-martin-une-reponse-a-la-crise-des-vocations-180758

Le jubilé martinien est l’occasion pour la Communauté Saint-Martin, née il y a quarante ans, de préciser sa spiritualité. En revenant à sa source : la charité sacerdotale. Entretien avec Don Paul Préaux, supérieur de la Communauté.

 

Ordinations à la Communauté Saint-Martin, qui compte, en 2015, 104 séminaristes. ©Communauté Saint-Martin

 

Qui est saint Martin pour la communauté saint Martin?

Don Paul Préaux: Saint Martin fut uni homme habité par Dieu, un apôtre infatigable de la charité, un évangélisateur hors pair. Sa vie terrestre conjugue dans une synthèse harmonieuse trois dimensions de la vie chrétienne: d’une part, l’enracinement érémitique à l’instar d’un saint Antoine d’Égypte; d’autre part, une dimension cénobitique, puisqu’il fondera de nombreuses communautés monastiques (Ligugé fut le premier monastère d’Occident) où se vit concrètement le témoignage de la charité fraternelle; et enfin une dimension apostolique et missionnaire. Il fut, nous le savons, un des grands évangélisateurs de la Gaule du IVème siècle. Ces trois dimensions prennent leur source dans sa foi ardente au Christ mort et ressuscité, vainqueur du monde.

Cette synthèse représente pour la Communauté Saint-Martin un idéal et un programme de vie apostolique. En bref, saint Martin a récupéré l’héritage des Pères du désert, en le mettant au service de l’évangélisation et au service des pauvres de son temps.

Comment?

La rencontre avec le pauvre de la porte d’Amiens fut une expérience fondatrice. Martin a été un serviteur des pauvres, mais attention à ne pas affadir son geste de charité, en en faisant uniquement l’archétype de l’altruisme ou le modèle de la générosité. Ce serait oublier sa portée surnaturelle.

En effet, la nuit suivante, le Christ lui apparut en songe et dit: “Martin, encore catéchumène, m’a revêtu de son manteau!” A l’époque, Martin n’était pas encore baptisé, et pourtant la charité du Christ inspire déjà son agir: il coupe son manteau et quitte le métier des armes. Il abandonne l’épée tranchante au profit du glaive de la Parole. Il devient “soldat du Christ”. C’est sa charité catéchuménale, première étape d’une vie jalonnée par une charité inventive.

Qui sont les pauvres auxquels vous souhaitez aujourd’hui annoncer le Christ? 

Il me semble, ce n’est pas exclusif, que ceux qui en ont le plus besoin, aujourd’hui, ce sont les jeunes. Une quarantaine de prêtre de la Communauté travaillent actuellement dans la pastorale des jeunes : c’est une piste.

Les jeunes, les pauvres d’aujourd’hui ? Ce n’est pas l’acception commune…

 Un jour, un évêque m’a confié : « Je suis attristé de voir dans mon diocèse que les jeunes ne sont pas suffisamment pris en charge. »  Son cœur de pasteur saignait : les jeunes ne sont pas évangélisés, comme des brebis sans berger. Oui, il y a chez beaucoup de jeunes une réelle pauvreté humaine, morale et spirituelle. Comme saint Martin, nous devrions tout faire pour nous rendre proches d’eux, les aider à discerner les pièges actuels et criminels de l’idolâtrie, leur enseigner avec douceur et fermeté le chemin de la liberté, en leur annonçant la beauté de la vérité évangélique. Martin n’a-t-il pas déboulonné les idoles de son temps.

Quelle est la seconde charité que vous voyez chez saint Martin ?

La charité eucharistique. Elle est décrite par Sulpice Sévère et magnifiquement peinte par Le Sueur dans le fameux tableau où l’on voit un globe de feu au-dessous de la tête de Martin alors qu’il célèbre la messe. Martin, évêque de Tours se prépare à la sacristie pour célébrer la messe. Il apprend qu’un pauvre demande l’aumône. Le diacre

Quelle est la seconde charité que vous voyez chez saint Martin ?

La charité eucharistique. Elle est décrite par Sulpice Sévère et magnifiquement peinte par Le Sueur dans le fameux tableau où l’on voit un globe de feu au-dessous de la tête de Martin alors qu’il célèbre la messe. Martin, évêque de Tours se prépare à la sacristie pour célébrer la messe. Il apprend qu’un pauvre demande l’aumône. Le diacre

Que dirait saint Martin aux prêtres d’aujourd’hui ?

Que le grand danger qui menace leur vie est l’activisme ! Je n’existe qu’à travers ce que je fais, et je m’active – souvent bruyamment – afin de recevoir quelques gouttes de reconnaissance. Saint Martin nous apprend que ce qui est premier, c’est l’enracinement en Dieu. Ce qui est premier, c’est « être avec le Christ » (esse cum Christo). La vie apostolique est un débordement de ce trop-plein d’amour de Dieu en nous.

Rien de nouveau ! Il nous redirait ce que les papes ne cessent de nous répéter : « Ne nous laissons pas prendre par la précipitation, comme si le temps consacré au Christ dans une prière silencieuse était du temps perdu. C’est précisément là, en revanche, que naissent les fruits les plus merveilleux du service pastoral » (Benoît XVI, Rencontre avec le clergé polonais, 2006).

« On ne demande pas au prêtre d’être expert en économie, en construction ou en politique. On attend de lui qu’il soit expert dans la vie spirituelle. » (ibid.).

Cela s’apprend-il au séminaire ?

Nous le répétons souvent aux séminaristes : ce que l’Église attend de vous, bien sûr, c’est l’acquisition d’un savoir théologique et d’une bonne pratique pastorale, mais avant tout cela, c’est prioritairement l’enracinement dans une vie théologale ! Former des hommes capables de vivre une bonne solitude avec Dieu et avec soi-même, afin de vivre une vraie sollicitude avec les autres. Un prêtre qui n’a pas appris à vivre ce face-à-face quotidien avec Dieu et à protéger sa vie personnelle des fuites mondaines et des compensations affectives ne pourra pas vivre une relation adulte et sereine avec les autres : son évêque, ses confrères et les fidèles qui lui seront confiés. Il court le risque d’être en représentation, plutôt que de représenter le Christ Pasteur de son troupeau.

La Communauté Saint-Martin met l‘accent sur l’autorité et l’obéissance. Au risque de fabriquer de bons soldats ?

Le séminaire doit être d’abord une école du discernement et de liberté intérieure, en vue du service. Une culture de la liberté pour elle-même serait dangereuse. Tous les jours, dans la prière du Benedictus, nous disons : « Afin que délivrés de la main de nos ennemis – ça, c’est la liberté –, nous Le servions dans la justice et l’amour ».

Le pape Jean-Paul II avait cette formule très belle : « Une liberté mature, pleinement épanouie, est une liberté qui vit le don de soi et le service des autres ». Or, c’est par l’apprentissage d’une obéissance filiale et humble que l’on grandit dans une vraie liberté et un service désintéressé du prochain. C’est dans la mesure où l’on aura appris l’obéissance chrétienne, que l’on pourra exercer l’autorité selon l’esprit du Christ. Cette autorité ne se recherche pas elle-même, elle sert et édifie le Corps du Christ dans la charité.

Que dites-vous aux évêques qui ont peur que la Communauté Saint-Martin leur prenne des vocations ?

Que nous sommes au service des évêques, puisque nous leur envoyons des prêtres, par petite communauté de trois ou quatre, dans les paroisses, en fonction des demandes. Ensuite, que parmi nos séminaristes, très peu viennent des paroisses que nous desservons. Ça veut donc dire que nous ne travaillons pas pour notre propre compte.

Que faire pour résoudre la crise des vocations ?

Je n’ai pas de recette ! Les vocations que Dieu nous donne sont de purs dons. Il me semble important de continuer à croire que le Seigneur appelle toujours et croire à la nécessité de ce don de Dieu pour la vie du monde.

Ensuite, pour aider et accompagner les jeunes à mûrir l’appel que le Seigneur leur adresse, il faut des prêtres ou des consacrés, religieux, religieuses, qui soient bien dans leur tête et dans leur peau, qui donnent envie d’être prêtre, dans un environnement qui n’est plus porteur. Il faut des prêtres qui soient des témoins cohérents de la miséricorde de Dieu.

Ce que j’aime dans la figure pastorale de saint Martin, c’est sa recherche de Dieu dans la solitude de Marmoutier. Il n’a jamais cherché à être une star. C’est même l’antistar ! Il avait trop le sens de Dieu et de sa fragilité. Le succès, nous le savons, n’est pas le nom de Dieu. Il peut être dangereux s’il n’est pas accompagné d’une forte vie spirituelle et d’une grande humilité.

Comment luttez-vous contre la starisation de la Communauté Saint-Martin ?

Je ne cesse de me le répéter : humilité, humilité ! Ne nous approprions pas les dons de Dieu. Nous avons actuellement des vocations : Dieu bénit. Si un jour il y en avait moins, Dieu continuerait de nous bénir. Beaucoup de personnes prient pour que nous restions humbles et à notre place. J’en suis très reconnaissant. Ne pas s’attacher à l’image qu’on renvoie de nous, mais s’attacher à Dieu seul. C’est une posture spirituelle et une conversion du cœur. C’est facile à dire, j’en conviens, mais il faut déjà en être convaincu intérieurement. Le grand danger serait de croire qu’on est les meilleurs, parce que nous sommes jeunes et nombreux. Ce serait une tentation satanique : s’il doit nous mordre, c’est ainsi qu’il nous mordra…

Qu’est-ce qui fait la sainteté d’un prêtre selon vous ?

La sainteté est liée à la fidélité à notre vocation et à notre consécration. Cette sainteté est don forcément de l’ordre de la grâce reçue, assumée et souvent renouvelée. Elle est profondément liée au mystère du sacrifice eucharistique. En effet, tout le mustère du Christ est dans le mystère de l’eucharistie. C’est là que nous renouvelons notre vie chrétienne, mais aussi notre consécration sacerdotale ou diaconale. C’est dans l’eucharistie célébrée et adorée que le prêtre découvre et déploie le mystère de son « être prêtre ». Comme pour chaque baptisé, notre vie devrait être selon le modèle eucharistique : se rassembler, se recueillir, se reconnaître pécheur et pardonné, écouter, offrir, se laisser consommer, rendre grâce, et être envoyé en mission. C’est dans l’eucharistie que la dimension sacrificielle de notre vie prend tout son sens pour le service ecclésial de l’humanité.

Vous vous réclamez aussi beaucoup de l’École française de spiritualité. Pourquoi ?

Ce qui nous touche dans l’École française, c’est la dimension verticale, son théocentrisme et, en même temps, sa dimension très incarnée. Mais il faudrait beaucoup de temps pour développer.

Que manque-t-il aux prêtres d’aujourd’hui selon vous ?

La vie pastorale est toujours plus prenante ? Il est difficile aujourd’hui de trouver un juste et harmonieux équilibre entre vie pastorale et vie intérieure. Il me semble que nous devons apprendre à nous détendre, à pratiquer l’art de l’eutrapélie. UN autre manque : ne pas consacrer suffisamment de temps à l’étude. Le cardinal Lustiger demandait à ses prêtres de consacrer 50% de leur temps à la prière et au travail intellectuel, en espérant qu’ils en prennent 30 ! Le cardinal Hummes, ancien préfet de la Congrégation pour le clergé, disait qu’une des causes de l’abandon du sacerdoce par les prêtres venait de leur manque d’assiduité au travail intellectuel. Il existe une crise de la pensée dans le clergé également.

Vous souhaitez également une formation plus virile des prêtres…

Notre fondateur répétait souvent cette formule très simple : pour faire un prêtre, il faut un chrétien, et pour faire un chrétien, il faut un homme… La formation humaine est donc à la base de la formation sacerdotale. Et être un homme(vir) n’est pas être brutal ou violent, ce serait caricatural, mais être quelqu’un qui soit capable de prendre et d’assumer ses responsabilités, capable de force d’âme, de générosité, de fidélité.

Ouest-France 30/10/2014

http://www.ouest-france.fr/religion-evron-rencontre-avec-la-communaute-saint-martin-2939019

 

Ouest France Rennes 30 10 2014

 

La Vie 29/10/2014

Les séminaristes à l’heure du choix

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Jean Mercier

Ce sera le rendez-vous ecclésial de l’automne. Du 8 au 10 novembre, les hommes qui se préparent à devenir prêtres pour l’Eglise de France se retrouveront lors d’un grand pélerinage à Lourdes. L’occasion de faire tomber les murs entre une trentaine de lieux de formation, qui se disputent (sans toujours l’avouer) ces oiseaux devenus très rares sous nos latitudes.

En septembre, 138 nouveaux candidats sont entrés dans la carrière, rejoignant 710 compagnons plus avancés. Comment un candidat à la prêtrise choisit-il le lieu où il va, pendant 6 ans, apprendre le métier ? Il se détermine de moins en moins selon une loyauté géographique (pour le diocèse qui l’a vu grandir), mais se décide au terme d’une longue étude de marché, selon ses goûts et sa sensibilité. Et les modes aussi.

Dans son bureau de l’abbaye d’Evron, un sublime vaisseau de pierre situé dans la campagne mayennaise où la Communauté Saint Martin vient de s’installer, le responsable de la formation, Don Louis-Hervé Guiny, a les idées claires quand on lui demande pourquoi son séminaire arrive en tête en cette rentrée, avec 26 recrues, soit quasiment autant que l’année précédente : « La vie commune que nous vivons préfigure la vie des prêtres en communauté, de plus en plus considérée comme indispensable. L’autre facteur est une fierté sacerdotale ». La Communauté est connue pour son attachement à la liturgie de Vatican II, mais interprétée de façon traditionnelle. Au delà de ces marqueurs souvent très attirants pour les jeunes catholiques, la Communauté Saint Martin propose un cadre clair sur l’exercice futur du ministère de ses hommes : un ministère fortement ancré sur le terrain, une vie communautaire systématique. Une netteté qui fait sa force… « Avant d’entrer ici, les deux tiers de nos séminaristes se posaient la question de la vocation sans trop croire à sa réalisation. L’existence de notre communauté a permis l’incarnation de leur vocation. Ils ont pu se projeter. Je crois que la vocation de beaucoup de garçons ne parvient pas à éclore car elle ne peut pas s’incarner dans une représentation mentale, compte tenu du flou qui existe parfois sur la théologie du sacerdoce. Notre fécondité s’explique par le modèle fort qui préside à notre formation, et qui se prolongera dans la vie du prêtre, sur le terrain. »

Un modèle fort ? Serait-ce l’expression d’un prurit identitaire dont il conviendrait de s’inquiéter ? Ou plutôt une revendication très humaine, celle de savoir où l’on met les pieds, qui ne rimerait pas forcément avec le repli sur soi ? Quand on s’engage sur une voie aussi radicale que la prêtrise, qui implique déjà une forte rupture avec ses pairs, notamment à cause du célibat, pas question de se tromper… Les conditions d’engagement doivent être très lisibles, comme l’explique aussi le Père Aymeric de Salvert, responsable des vocations aux Missions Etrangères de Paris : « Les jeunes ne peuvent répondre à des défis exigeants que si le cadre est précis. Chez nous, on a la chance d’avoir des repères immuables depuis 350 ans. On part comme missionnaire en Asie. On va vers les non-chrétiens. On participe à la formation du clergé local. Cette identité forte est paradoxale : elle attire et rebute à la fois. C’est ce paradoxe qui explique que nous recrutons encore, en accueillant des profils aux sensibilités très diverses ».

La prime à l’identité forte se vérifie aussi dans certains lieux de formation où le magnétisme de l’évêque joue un rôle déterminant, si l’on en croit deux diocèses dont les effectifs sont disproportionnés par rapport à leur bassin de recrutement : Fréjus-Toulon (Mgr Dominique Rey) et Bayonne (Mgr Marc Aillet), deux hommes à la personnalité puissante, pour ne pas dire clivante, qui attirent des jeunes venus de toute la France. Un phénomène qui suscite la perplexité – que se passe t-il si l’évêque s’en va ? – mais révèle un énorme besoin de paternité, au delà de toute considération idéologique. En effet, on trouve aussi bien à Toulon des séminaristes en soutane qu’en jeans-baskets.

Mais choisir un lieu de formation selon une projection trop personnelle peut se révéler contreproductif, selon le Père Didier Berthet, supérieur du séminaire d’Issy les Moulineaux, où se forment des ressortissants de plusieurs diocèses : « On ne peut nier que les séminaristes sont attirés par certains lieux à forte identité, dans laquelle les séminaristes trouvent une sécurité réelle. Mais en donnant trop de poids à sa volonté et ses goûts pour optimiser son choix, s’appuie-t-on sur Dieu, ou sur soi-même ? En cas de déception, le séminariste se retrouve fragilisé, car il remet en question sa vocation. Or il y a toujours des épreuves dans un parcours de formation. » Même son de cloches chez le Père Stéphane Duteurtre, supérieur du séminaire de Paris : « Il y a sans aucun doute chez les jeunes la tentation de chercher la meilleure formation, qui correspond à un fantasme du “parcours idéal”. Mais le séminariste est très vite confronté au réel, à ce qu’il est vraiment, avec ses limites. Et à ce qu’est réellement l’Eglise. Alors, les fantasmes tombent très vite ».

Entre besoin de sécurité et quête identitaire, le choix d’un lieu reste une alchimie secrète, où l’on peut pourtant isoler des critères gagnants. La joie de vivre, d’abord. La qualité de la formation, ensuite, les jeunes privilégiant aujourd’hui la fidélité au Magistère. La dimension missionnaire, enfin, plébiscitée par tous. Le facteur “historique” reste cependant prioritaire, comme en témoigne Damien, séminariste récemment rattaché à Nanterre après un long parcours avec les Légionnaires du Christ. « J’ai senti le besoin de me donner dans ce diocèse, où j’ai fait des rencontres importantes et trouvé la paix. Dieu parle à travers les circonstances ! » Et le terroir reste un facteur d’attachement puissant. Louis, 32 ans, qui étudie au séminaire universitaire des Carmes à Paris, n’aurait jamais songé à s’engager ailleurs que pour le diocèse de La Rochelle : « Ma vocation est ancrée dans ce pays où j’ai vécu si longtemps. Je me sens appelé par le Christ à le servir pour ce peuple là. Et pas un autre ! »

> La course en tête des « Martiniens »

Ses prêtres en soutane sont devenus incontournables dans le paysage ecclésial. La Communauté Saint Martin, fondée en 1976, perçoit désormais les dividendes d’une lente et patiente progression, après avoir été longtemps marginalisée en raison de son style traditionnel. Ses 86 prêtres et diacres sont présents aux quatre coins de l’Hexagone, sous forme de petites équipes d’au moins trois prêtres, qui changent de lieu après leur mission. Elle vient en tête de tous les séminaires français, avec 95 candidats au sacerdoce. On comprend pourquoi les dossiers de demande s’accumulent sur le bureau du modérateur général, l’abbé Paul Préaux, en provenance d’évêques de toutes tendances et sensibilités, qui sollicitent son aide quand la pénurie de prêtres est devenue insupportable dans leur diocèse.

© La Vie : http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/les-seminaristes-a-l-heure-du-choix-28-10-2014-57347_16.php

© Malesherbes Publications

La Croix 29/10/2014

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La France adopte peu à peu la communauté Saint-Martin

Avec 26 nouveaux séminaristes, la communauté Saint-Martin représente un quart des entrées en séminaire en France.

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COMMUNAUTÉ SAINT-MARTIN : Séminaristes de la communauté Saint-Martin à la sortie de la messe quotidienne à Evron dans la Mayenne.

 

Présent dans une quinzaine de diocèses, comme à Soissons, ce corps mobile de prêtres et de diacres offre un recours aux évêques confrontés à une pénurie de moyens.

Dans le quartier de Saint-Crépin, à Soissons, Don Vincent, 47 ans, revêtu de sa soutane, désigne les barres d’immeubles où s’entasse une population pauvre et âgée. « Après-guerre, c’était encore un bidonville d»i,t-il en se référant au P. Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, qui fit ses premières armes dans les paroisses ouvrières de l’Aisne. Le prêtre évoque aussi un taux de suicide élevé. Un peu plus loin, une vieille dame promène seule un petit chien. Don Vincent s’arrête, esquisse une caresse. « Il ne mord pas les curés au moins? L»a conversation s’engage. Un peu plus loin, un sexagénaire couvert de tatouages, occupé à balayer son balcon, interpelle le prêtre. « Je ne pratique pas mais je suis croyant… Je fais un signe de croix tous les matins. «» Venez nous voir, nous ne sommes pas loin! lu»i, répond Don Vincent en désignant l’église Saint-Crépin, de l’autre côté de l’avenue.

À Soissons, où ils sont arrivés en 2011 sur appel de l’évêque, ceux qui les connaissent les nomment les « Don ». Au nombre de quatre, ils vivent en communauté dans le presbytère, face à la cathédrale. Ils appartiennent à la communauté Saint-Martin, un corps mobile de prêtres et de diacres à la disposition des évêques. Signes distinctifs: ils portent la soutane, affectionnent la liturgie grégorienne en latin – célébrée selon le missel de Paul VI – et se donnent entre eux du « Don », au lieu de « Père ». L’empreinte des premières années italiennes de leur communauté, fondée en 1976 par un prêtre français, l’abbé Jean-François Guérin.

Post-Concile, des options liturgiques qui passent mal auprès de l’épiscopat français

Dans ces années post-Concile, les options liturgiques du fondateur passent mal auprès de l’épiscopat français. Tandis que de nombreux prêtres quittent leur ministère, l’heure est au dépouillement d’une Église soucieuse de ne plus apparaître en surplomb. La jeune communauté trouve refuge chez le cardinal Giuseppe Siri, l’archevêque de Gênes, figure de proue du courant conservateur lors du concile Vatican II. Les premiers prêtres ordonnés au sein de ce qui n’est encore qu’une « pieuse union » s’installent dans un couvent capucin près de Gênes, avant une première implantation en 1983 en France, à l’appel de l’évêque de Toulon. Dix ans plus tard, la maison de formation revient en France à Candé-sur-Beuvron, près de Blois.

Depuis 2000, la communauté Saint-Martin connaît une forte croissance. Elle compte aujourd’hui 90 prêtres et diacres répartis dans quinze diocèses, mais aussi en Italie et à Cuba. Avec pas moins de 26 entrants cette année, elle représente un quart des entrées en séminaire pour les diocèses français.

À Soissons, dans un premier temps, l’arrivée des « Don » n’a pas fait que des heureux. Quand Mgr Hervé Giraud évoque son intention de faire appel à des prêtres de Saint-Martin pour contrer la pénurie de clercs, la défiance est de mise. Confronté coup sur coup à trois décès de prêtres, l’évêque du diocèse le plus pauvre de France est à court de solutions. « J’étais sur le point de devenir moi-même curé de la cathédrale d»i,t-il. Parmi les prêtres de son conseil, réunis pour auditionner le supérieur de la communauté Saint-Martin, les principales réticences portent sur la soutane et la compréhension du concile Vatican II. Des inquiétudes aujourd’hui en grande partie levées«.        Au début, j’ai eu beaucoup de mal, confie Bernadette Viet, engagée au sein de la Mission de France durant trente ans avant de prendre sa retraite à Soissons. La messe du matin s’étirait en longueur, les homélies étaient dites sur un ton moralisant… J’avais le sentiment d’un retour à la loi, à l’Église que j’avais connue dans les années 1950. »Mais avec le temps, cette ancienne responsable de la catéchèse a fini par reconnaître aux nouveaux venus des qualités de pédagogues. « Ils ont le don d’annoncer et d’expliquer l’Évangile à une époque où même les piliers d’église ont besoin de retrouver le sens de leur foi. »

« Depuis qu’ils sont là, il se passe toujours quelque chose dans la paroisse »

Certes, les fidèles des deux paroisses du nord de la ville confiées aux prêtres de Saint-Martin n’ont pas tous « avalé » la soutane et le retour à des méthodes plus carrées. Ceux-là ont rejoint les paroisses du sud animées par des missionnaires béninois. Mais auprès des jeunes, les « Don » ont plutôt la cote. Céline et Christophe, infirmière et boucher à Soissons, bientôt la trentaine, ont été préparés au mariage par Dom Vincent, qui a aussi baptisé leur premier enfant. S’ils ne vont pas à la messe le dimanche à cause de leurs horaires de travail, ils sont des inconditionnels des soirées pique-nique organisées l’été dans les jardins du presbytère, suivies d’une visite dans la tour de la cathédrale. « Ils ont apporté une dynamique… Depuis qu’ils sont là, il se passe toujours quelque chose dans la paroisse. »

Aujourd’hui, à la cathédrale, des classes de l’école voisine de l’Enfant-Jésus défilent pour découvrir les reliques de sainte Thérèse. Les enfants s’agenouillent par petits groupes autour de la châsse. « Vous pouvez poser la main dessus, fermer les yeux et prier »l,eur explique Dom Vincent. « Toi aussi tu peux prier, si tu veux », dit-il à un élève musulman. Le prêtre se rend tous les mercredis à l’école de l’Enfant-Jésus. L’an dernier, sa crèche en Playmobil a remporté un franc succès chez les élèves de CP. Il est allé dans une classe pour échanger avec les enfants après le suicide d’un père de famille. Depuis peu, il prend ses marques au collège et lycée Saint-Rémy.

« Ils ont même accepté de célébrer un mariage alors que le mari était venu en bermuda! »

En trois ans, le nombre de confirmations a plus que triplé – de 18 à 66. Mais l’arithmétique ne satisfait pas Dom Vincent. « La paroisse n’est pas une station-service. Il faut un renouvellement en profondeur. Derrière chaque demande de sacrement, nous avons le souci d’annoncer l’Évangile à des familles qui n’ont plus aucune notion de la foi chrétienne. » Entré dans la communauté à 22 ans après une fac de droit, ce Parisien de naissance est intarissable sur le Soissonnais. Il cite volontiers le pape François demandant aux pasteurs d’être « pénétrés de l’odeur de leurs brebis ». Attendus au tournant par les autres prêtres sur leur capacité à s’intégrer, les hommes en soutane ont su donner le change. Présents à toutes les assemblées presbytérales, ils se sont beaucoup investis dans le jubilé des 1 700 ans du diocèse. Les catéchistes de la paroisse sont restés en place. « Leurs priorités restent tout de même la vie liturgique et la présence auprès des jeunes de l’enseignement et des mouvements catholiques », remarque un curé du Soissonnais.

Mgr Giraud, lui, a révisé son jugement – jadis sévère – sur la communauté. Sur le plan liturgique, la raideur des débuts a connu des adaptations. « Ils ont même accepté de célébrer un mariage alors que le mari était venu en bermuda! » Mais l’évêque se garde de prendre une option sur l’avenir. « Ils ont évolué, le monde et l’Église aussi. Ils permettent pour l’instant à des diocèses fragiles comme le nôtre de continuer à vivre. »

Samuel Lieven, à Soissons (Aisne)

http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/La-France-adopte-peu-a-peu-la-communaute-Saint-Martin-2014-10-28-1255810

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Evron, la matrice où sont formés prêtres et diacres de la communauté Saint-Martin

En raison d’une croissance rapide, la communauté Saint-Martin a emménagé en 2014 dans un monastère de la Mayenne pour y former ses nouvelles recrues.

Ils sont plus d’une centaine à occuper les stalles tout juste sorties des ateliers d’un artisan mayennais. Aube blanche sur soutane noire pour les uns, costume cravate pour les dernières recrues. Des chants grégoriens s’élèvent dans la chapelle refaite à neuf. En dépit des apparences, nous ne sommes pas dans un monastère. C’est aujourd’hui la rentrée du séminaire de la communauté Saint-Martin, qui vient de s’installer dans une ancienne abbaye, à Évron (Mayenne). En 2000, ils n’étaient que 17 séminaristes. Ils sont aujourd’hui 95, dont 26 rien qu’en première année.

Évron, c’est la matrice où sont formés en sept ans – dont une année en paroisse – ces futurs prêtres et diacres au service des diocèses. Une vie commune proche de celle des religieux, partagée entre l’étude, la prière et les tâches pratiques. Vincent, 34 ans, a travaillé plusieurs années dans une compagnie d’assurance américaine. « Je voulais devenir prêtre à la campagne. Étant Parisien, ce n’était pas facile d’entrer dans un diocèse qui n’était pas le mien. » Benjamin, 26 ans, est fraîchement diplômé d’une école d’ingénieur à Lausanne. Militant athée récemment converti, ce fils d’ouvrier a découvert la communauté il y a quelques mois. « Une Église qui se cache, ça ne m’intéresse pas », dit-il.

« L’essoufflement est un danger pour une jeune communauté »

La plupart estiment qu’ils ne seraient pas entrés dans un séminaire diocésain classique. Ceux qui clament leur goût pour la liturgie latine se défendent, néanmoins, de toute nostalgie préconciliaire. Antoine, 23 ans, en quatrième année, s’est offert le luxe de décliner une admission à Normale Sup. « Je n’avais pas envie d’attendre plusieurs années avant d’entrer au séminaire. »

Tous citent en premier lieu l’attrait pour la vie communautaire. Viennent ensuite la mobilité et une « identité sacerdotale forte » . « Ici, on forme avant tout des hommes, affirme Don Louis-Hervé Guiny, la quarantaine, responsable de la formation. Les gens qui arrivent chez nous renoncent à une femme, une carrière, une famille… Leur humanité d’homme doit donc se déployer dans une authentique paternité spirituelle. » Cet ancien de l’École de l’Air souhaite que ses recrues évitent d’un côté l’écueil du « cléricalisme » et, de l’autre, celui du « gentil aumônier enfermé dans la compassion ». Les grands débats de société, « La manif pour tous », ne sont pas son « premier combat ». « Si les gens se jettent aujourd’hui dans les bras des extrêmes, c’est parce que l’Église n’est plus là. »

En plus des 15 diocèses où ils sont déjà présents, 30 évêques ont fait appel aux prêtres de Saint-Martin. « Depuis deux ans, je freine le mouvement, confie le modérateur de la communauté, Don Paul Préaux. L’essoufflement est un danger pour une jeune communauté. »

Samuel Lieven, à Évron (Mayenne)

http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Evron-la-matrice-ou-sont-formes-pretres-et-diacres-2014-10-28-1255808