Lectio divina

Une lectio divina est un commentaire biblique sous le mode d’une lecture spirituelle et priante. C’est une méditation sur les textes de l’Écriture Sainte proposées par l’Église pour la Messe du jour.

« JE PARS MAIS JE REVIENDRAI ET VOUS VOUS RÉJOUIREZ ! »

Lectio divina pour la solennité de l’Ascension du Seigneur

La célébration liturgique de l’Ascension, passe quelquefois un peu inaperçue entre le dimanche de Pâques, la Fête des fêtes, et celui de la Pentecôte. C’est un jeudi discret qui nous rappelle à l’église… Et pourtant c’est sûrement le mystère, très mystique, très intime, qui, le mieux, synthétise à la fois le mystère de Jésus dans le dimanche de Pâques et le mystère de l’Église qui sera présenté et commémoré le jour de la Pentecôte. Ce jeudi de l’Ascension, comme un trait d’union, réunit et nous indique de quelle manière le mystère de la Pentecôte et donc de l’Église est indissociable du mystère du Christ.

Essayons de voir quelques thèmes porteurs de ce mystère de l’Ascension. J’en ai retenu cinq. Cinq thèmes qui sont cause de joie comme nous l’avons prié dans la collecte. Cinq thèmes qui devraient fleurir dans notre cœur comme les cinq plaies du Christ fleurissent pour notre rédemption…

« L’Église est l’accomplissement total du Christ. »

Le premier thème, énoncé par Paul, est celui de l’espérance du Ciel. C’est elle qui est cause de notre première joie !

Paul nous assure cette vérité extraordinaire, comme pour nous préparer justement à y réfléchir avant la Pentecôte : l’Église est le Corps du Christ ! Cela nous paraît évident depuis que le Concile Vatican II a bien mis en relief cette image théologique de l’Église. Mais nous devrions nous efforcer d’y réfléchir et de voir quel est le sens profond de cette expression de Corps mystique du Christ.

Paul nous dit que l‘Église est le corps et Jésus est la tête. Suit cette autre expression aussi extraordinaire lorsqu’il nous dit : « L’Église est l’accomplissement total du Christ. » En ce sens : Jésus Tête et l’Église Corps du Christ ne font véritablement qu’une seule personnalité spirituelle et mystique, le Christ total. Donc là où la tête est passée, le corps est appelé à y aller.

Cette déclaration paulinienne, qui est le fondement de la théologie de l’Église, est pour nous la promesse que le Ciel est l’endroit fait pour rassembler nos humanités personnelles à la suite de l’humanité personnelle de Jésus.

« Je ne vous laisserai pas orphelins. »

La deuxième joie, qui découle de la première, est la joie de cheminer dans la vie, avec la Vie et vers la Vie.

Jésus nous le dit, par l’intermédiaire de Ses disciples : « Je ne vous laisserai pas orphelins. Je ne vous laisserai pas seuls. » Et puisque Jésus s’en va avec Son corps qui cesse d’être visiblement présent, c’est donc une présence de Son âme, c’est une présence de Son esprit qui va nous accompagner : c’est la présence de l’Esprit-Saint !

Cet Esprit est Vie : « Mes paroles sont esprit et elles sont vie » et Il est vivifiant vivificantem. Cet Esprit vivifiant, qui a été la dynamique de l’Amour de Jésus, cet Esprit sanctificateur achève dans le monde toute sanctification commencée avec le mystère de l’Incarnation.

C’est Lui le chemin de la sainteté, c’est Lui qui nous accompagne, selon la promesse du Christ : « Le Père vous enverra L’Esprit, un autre défenseur. » Jésus s’en va et Il nous donne Son Esprit pour nous accompagner dans notre chemin vers le Ciel, vers ce lieu divin offert pour recevoir nos humanités personnelles.

« Vous serez mes témoins. »

La troisième joie du mystère de l’Ascension est la mission : « Vous serez mes témoins. »

Est-ce que nous nous rendons compte de l’importance de cette expression de Jésus qui nous confie la mission, la même mission, que celle que le Père Lui a confiée ? « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »

Comme Jésus, le Verbe, est le révélateur du Père, le baptisé est le révélateur du Christ : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, en Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Oui, nous sommes envoyés par Jésus au nom du Père afin que les hommes croient en la Bonne Nouvelle du salut, afin que les hommes croient que « Tu m’as aimé et que je les ai aimés comme Tu m’as aimé… », afin que les hommes croient que « Je suis venu non pas pour juger mais pour sauver le monde… » En un mot : afin que les hommes croient que « le Père a tant aimé le monde qu’Il a envoyé son Fils pour sauver le monde et pour que le monde ait la vie… » Jésus nous associe à Sa mission. Tout baptisé, en tant qu’il est configuré à Jésus, est configuré à Jésus prêtre, prophète, et roi. En tant qu’il est configuré à Jésus, Bonne Nouvelle du Salut, le baptisé est configuré àJésus Sauveur des hommes !

« Celui qui me mange vivra par moi. »

La quatrième joie du mystère de l’Ascension est que cette mission confiée par Jésus demande une intimité extrême avec Jésus, intimité qui ne peut être que celle qu’Il vit avec Son Père : « Qu’ils soient eux aussi en moi, comme moi je suis en toi Père, afin que les hommes croient que tu m’as envoyé… »

Cet envoi en mission va nous permettre de vivre la promesse que Jésus a faite à Ses apôtres : l’intimité christique du mystère eucharistique : « De même que le Père m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra par moi. »

Le Fils n’a pu révéler le Père qu’à cause de Son intimité avec le Père. Celui qui est tout tourné vers le Père, et Lui seul, connaît le Père et nous L’a fait connaître. C’est en fonction de l’intimité que nous aurons avec Jésus, que nous pourrons faire connaître Jésus et le Père…

De plus, comme Jésus veut que nous Le fassions connaître jusqu’aux extrémités de la terre, Il exige de nous, et Il nous promet une intimité qui est non seulement l’intimité de Son Esprit, mais aussi une compagnie de Son corps.

Il ne s’agit pas seulement de partager, in abstracto, l’Esprit de Jésus pour être uni à Jésus. Il faut aussi se laisser agir concrètement par cet Esprit comme l’Esprit a fait agir Jésus à chaque minute de Sa vie. Il faut se laisser pousser par l’Esprit comme Jésus s’est laissé pousser par l’Esprit après le Jourdain pour aller au désert, puis initier Son ministère public jusqu’à la Passion et l’Acte Unique qui résume Ses trois ans de ministère, d’enseignement et de miséricorde : l’offrande intérieure et physique sur la Croix par Amour du Père et des hommes. C’est pourquoi Paul aura ces paroles fortes : « Ceux là sont fils de Dieu qui se laissent agir par l’Esprit de Dieu. » C’est clair et sans appel.

Je suis chrétien si je me laisse agir par l’Esprit de Jésus, si je me laisse conduire, si je me laisse pâtir comme la Passion du Christ, comme Jésus s’est laissé pâtir et a subi l’Amour du Père pour le monde jusqu’à en donner Sa vie.

Cette participation à la Passion du Christ, cette com-passion m’est promise en même temps qu’elle m’est demandée par Jésus à travers l’Eucharistie : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » C’est pourquoi Paul pourra énoncer cette vérité aussi forte que mystérieuse : « Celui qui s’unit au Seigneur ne fait avec Lui qu’un seul esprit. »

« Marana tha ! »

La cinquième joie du mystère de l’Ascension, qui en fait est la première, est la joie de l’Apocalypse : c’est la joie du « Viens, Seigneur Jésus. »

Car si le Christ est reparti, si nous célébrons aujourd’hui Son Ascension à la droite du Père, c’est pour qu’Il revienne comme Il le promet à Ses apôtres : « Je pars mais je reviendrai et vous vous réjouirez. » Ce retour de Jésus est le retour en gloire, le retour définitif dans l’humanité sanctifiée.

Alors, nous qui appartenons à ce temps de l’Église, temps de la Pentecôte, nous savons que Jésus va revenir. Nous nous trouvons dans la même situation que ces justes de l’Ancien Testament, rassemblés en Marie, qui attendaient la venue de Dieu. Pour nous ce ne sera pas la venue dans l’humilité de la chair, mais ce sera le retour dans la gloire du Ressuscité. Nous sommes dans ce temps de l’attente, de l’attente définitive, l’attente du Seigneur. Nous y participerons avec et par notre sainteté.

« Il leur montra ses mains et son côté… »

Voilà les cinq plaies de Jésus qui fleurissent aujourd’hui le mystère de l’Ascension pour nous préparer à entrer et à vivre dans le mystère de l’Église, qui est poursuite, communication, diffusion du mystère pascal !

Souvenons-nous de ces cinq joies : l’espérance du Ciel, la mission, l’accompagnement de l’Esprit pour être les témoins, c’est-à-dire les ostensoirs du Christ dans le monde…

Et ceci en fonction de notre communion à l’être et à l’agir de Jésus, en fonction de notre communion à l’Eucharistie, participation à Son mystère glorieux de la Croix : « Père glorifie ton Fils comme le Fils te glorifie »

Enfin le mystère de l’espérance messianique, mystère nuptial de l’attente des épousailles définitives…

Voici cinq motifs de joie que nous demandons de contempler aujourd’hui.

Mgr Jean-Marie Le Gall

Aumônier catholique

Hôpital d’Instruction des Armées de Percy, Clamart.

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