Dirigeants chrétiens 30/04/2015

dirigeants chretiens

Risquer c’est vivre

L’économe général de la communauté Saint-Martin a pour mission de lui donner les moyens juridiques, financiers et administratifs d’assurer sa vie et sa croissance. Pour faire face à son expansion, Don Pascal-André Dumont a risqué une entrée sur les marchés financiers.

Quels sont les risques liés à votre charge d’économe général ?

Le risque est inhérent à la nature humaine. Risquer, c’est vivre. Les événements de la vie poussent à prendre des risques pour aller de l’avant. La forte augmentation du nombre des séminaristes nous a mis devant la nécessité de déménager la maison de formation. Nous avons ainsi acquis une abbaye avec 1/10e de la somme pour réaliser les travaux de première nécessité ! C’est parce que l’on risque des projets que des personnes vont nous suivre, même si nous n’avons pas d’emblée les garanties financières.

Pour financer le développement de votre communauté, vous avez lancé un fonds de placement éthique : Proclero. Quelle était la part de risque ?

Nous avons à assurer la formation de 95 séminaristes. À 16 000 euros l’année, faites le calcul… En septembre dernier, 26 nouveaux ! J’aurais préféré me faire transpercer que de les refuser, faute d’argent ! Nous avons donc besoin de générer des ressources régulières pour assurer leur formation. C’est ce que vise Proclero. Le fonds offre une gestion éthique appuyée sur la doctrine sociale de l’Église et renouvelée à la lumière de l’encyclique Caritas in Veritate de Benoît XVI. Proclero est une goutte d’eau dans l’océan de la finance, mais si innovant sur les marchés qu’il interpelle.

Les marchés financiers sont instables par nature et donc risqués. Est-ce la place d’une communauté ? N’y a-t-il pas un risque de se « perdre » ?

Tout ce qui concerne l’homme intéresse l’Église. Écoutez les interventions du pape François ! Les chrétiens ne doivent pas estimer que certains domaines de la vie en société sont méprisables au point de ne pas s’y engager. Ne quittons pas la finance ! C’est à nous de transformer son visage, alors même qu’il est le plus défiguré. Proclero est un instrument d’évangélisation incroyable. Beaucoup découvrent ainsi la pertinence du message de l’Église sur la finance et se demandent s’il n’en va pas de même pour ce qu’elle révèle de Dieu, du Salut, de la Grâce. Le lancement du fonds a découlé d’un discernement approfondi, tant dans l’analyse de la faisabilité que dans la prière : « Lequel de vous, s’il veut bâtir une tour, ne s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer ? » (Lc 14), nous dit l’Évangile.

De quoi dépend ce type de risque ?

Je suis un converti, donc je sais la puissance de la foi qui peut changer une vie. Dans la Genèse, Dieu dit à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté, va là où je t’indiquerai. » Richissime, il n’a pas répondu qu’il n’avait besoin de rien. Abraham a eu confiance en Dieu et l’a suivi. Il a reçu une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel et que les grains de sable de la mer. Il y a toujours une promesse attachée à la confiance : la fécondité, toujours surprenante. Depuis ma conversion, je vais de surprise en surprise, c’est extraordinaire ! La promesse attachée à un acte de foi nous dépasse de très loin. Comme Abraham, nous avons besoin de répondre à l’appel de Dieu et de prendre des risques, de relever des défis, d’autant plus dans un monde qui se surprotège et se surassure. Paradoxalement, d’autres prennent des risques inconsidérés, notamment dans la finance. Ces deux attitudes – ne pas prendre de risque et prendre des risques inconsidérés – sont irresponsables. Prenons des risques bien discernés et assumons-les. (Propos recueillis par Jonas Arto)

Don Pascal-André Dumont, Econome général de la communauté Saint-Martin, initiateur de Proclero et conseiller spirituel de la commission Ethique financière des EDC.