Articles dans Famille Chrétienne 2009-2011

 

Des prêtres français qui n’ont pas froid aux yeux – La communauté Saint-Martin à Cuba

ARTICLE | 04/01/2011 | Numéro 1716 | Par Sophie le Pivain

Qui l’eût cru ? Au cœoeur de l’île communiste, une paroisse a été confiée aux prêtres de la communauté Saint-Martin. Parmi leurs priorités : la jeunesse cubaine.
«Une bicyclette à cette heure ! Et c’est trop difficile de demander ? », lance don Jean-Yves, mi-sérieux, mi-amusé, à un ado goguenard, avant de le laisser filer, et de refermer à clé la grille derrière laquelle une bonne vingtaine de vélos sont suspendus à des crochets. Pour la plupart apportés de France, ces vélos sont le trésor des prêtres de la communauté Saint-Martin, responsables de la paroisse de Placetas, dans le centre de Cuba, depuis maintenant quatre ans : « Ici, comme ailleurs, l’Église est surtout faite de vieilles dames et de petites filles », avance le curé, don Jean-Yves, soutane blanche, cheveux coupés à la militaire et sandales tropéziennes aux pieds. Mais aujourd’hui, chose rare à Cuba, ils sont bien soixante-dix jeunes garçons à fréquenter la paroisse dès qu’ils en ont l’occasion, pour jouer à la pelota avec leurs copains, participer à la course cyclable hebdomadaire, aux camps organisés par les prêtres, ou à servir la messe.
Trente prêtres pour 1,3 million d’habitants
Avec les bicyclettes, les trois jeunes prêtres et le diacre de la paroisse – la première confiée à leur congrégation à l’étranger – ont aussi exporté sur l’île quelques-unes des « recettes » pastorales éprouvées par la communauté Saint-Martin dans les campagnes françaises. Parmi elles, l’internat, qui accueille en dehors des heures de classe une dizaine de jeunes garçons pour une formation humaine et une vie en communauté : un cas unique sur l’île, où la révolution castriste ne reconnaît à l’Église aucun rôle social ou éducatif. Mais les prêtres français n’ont pas froid aux yeux. Ils savent qu’ils bénéficient du souci du régime de ne pas s’aliéner encore plus l’opinion internationale. Et ont remarqué que, dans le climat d’incertitude générale dans lequel s’enlise Cuba, les autorités locales elles-mêmes ne s’empressent pas à leur reprocher cette audace. Si le vent venait à tourner ?
À l’origine, il était question que la communauté Saint-Martin aide à la création d’une année de propédeutique, dans le diocèse qui compte trente prêtres pour 1,3 million d’habitants, « soit dix fois moins qu’en France », rapporte don Jean-Yves. Mais les missionnaires se sont vite rendu compte de l’urgence d’une solide formation humaine pour les jeunes : « Si l’on veut un jour donner des prêtres à Cuba, il faut d’abord des hommes solides, explique don Jean Pichon, responsable de l’internat. Or ils sont terriblement fragilisés par les divorces très nombreux, et par l’absence des pères à la maison ».
Sans parler de la difficulté de se projeter dans l’avenir à Cuba, qui les rend « déjà fatigués » à 18 ans. Le jeune prêtre se trouve néanmoins récompensé par la joie de ces garçons, et s’émerveille de la soif spirituelle de certains : « Vu le contexte, on s’étonne parfois : comment se fait-il que tel jeune ait déjà une telle maturité ? »
À Placetas, ils ne sont pas trop de trois prêtres et un diacre pour mener à bien les multiples projets de la paroisse : car il y a aussi toutes ces petites communautés de catholiques en ville ou à la campagne, installées chez des particuliers ou sur des terrains autrefois confisqués, et que don Jean-Yves se bat pour racheter. Dans la nouvelle camionnette de la paroisse, qu’ils ont fini par obtenir après deux ans de lutte administrative, don Jean-Yves et ses confrères sillonnent les routes pour administrer les sacrements, dire la messe, donner des cours de catéchisme. Peu à peu, parfois après avoir tourné le dos à l’Église aux pires heures de la répression communiste, les fidèles reviennent. Un signe qui ne trompe pas : pour la première fois, le 8 septembre dernier, une procession dans les rues de la ville autour de la Vierge del Cobre, la patronne de Cuba, a attiré 4 000 participants. Chose inouie. Deux mois après, tous les habitants en parlent encore.

Sophie le Pivain

Communauté Saint-Martin : prêtres sans complexes

ARTICLE | 09/12/2009 | Numéro 1665 | Par Sophie le Pivain

La Communauté Saint-Martin, qui vient d’achever son jubilé, est de mieux en mieux reconnue dans le paysage ecclésial.
Nous sommes « aussi à l’aise en soutane qu’en baskets, en latin qu’en serbo-croate ! », s’amuse Don Jean-Marie Le Gall pour parler de ses confrères de la Communauté Saint-Martin dont il est le modérateur général. Épris de latin mais célébrant selon le missel de Paul VI, ni religieux, ni attachés à un diocèse, aussi clairement identifiés que totalement décomplexés, les prêtres de la Communauté Saint-Martin, sont difficiles à classer dans une catégorie.
Avec soixante prêtres et quarante-cinq séminaristes, leur communauté, qui vient de conclure les trois années du jubilé de ses 30 ans, est pourtant de plus en plus visible et reconnue dans le paysage ecclésial. Partagés en quinze communautés de prêtres appelés en mission dans dix diocèses de France, ses membres tiennent des paroisses, des aumôneries ou des sanctuaires. Ils ont aussi été appelés à Cuba et au service du Saint-Siège, à la Curie ou à la nonciature apostolique près les Pays baltes. Une reconnaissance de l’Église encore réaffirmée il y a un an par l’octroi au modérateur général du titre d’Ordinaire des membres de la communauté, ce qui lui permet de les appeler lui-même aux ordres, et de les y incardiner.
Après des années de malaise entre les diocèses et la communauté, le climat est donc aujourd’hui apaisé : en deux ans, pas moins de quinze évêques français ont rendu visite à la maison-mère de Candé-sur-Beuvron (Loir-et-Cher), où se trouve aussi la maison de formation, pour découvrir la communauté. « Les choses évoluent avec le temps d’une manière naturelle, les blessures des combats idéologiques sont en train de disparaître », remarque le modérateur général.
Celle-ci est née en 1976 dans le sillage des années tourmentées de l’après-concile. L’abbé Guérin, prêtre de Tours, est alors entouré de jeunes étudiants, qui se destinent au sacerdoce. Ils hésitent à rentrer dans les séminaires français, où la formation ne les comblera pas, mais se refusent à rejoindre le séminaire d’Écône. Jean-Marie Le Gall est l’un d’eux : « Beaucoup entraient dans des monastères. Mais nous étions plusieurs à avoir une vocation de prêtre séculier ».
La petite communauté naissante est accueillie à Gênes en Italie, par le cardinal Siri. Sa vocation ? Contribuer au renouveau sacerdotal dans l’Église de France. « L’abbé Guérin n’était pas le premier à fonder une communauté de prêtres, ou une communauté religieuse », explique Don Jean-Marie Le Gall, citant en exemple la Communauté Saint-Jean, née au même moment. Entièrement dévoué à l’Église, il fonde cette communauté en puisant aux sources de la Tradition, de la spiritualité de saint Benoît, de la vie canoniale, et de l’École française, dans laquelle il a lui-même été formé.
« La communauté est comme une fratrie »
Liturgie aux couleurs bénédictines, obéissance inconditionnelle à l’Église et vie fraternelle sont donc la marque de fabrique de la communauté. Cette dernière a une importance capitale dans la vie des prêtres formés à Candé : « Nous sommes convaincus que pour mener une vie commune, il faut avoir été formé à vivre ensemble. Nous avons des moyens de formation qui font en sorte que cette vie ne soit pas seulement commune, mais fraternelle ». C’est bien souvent pour cela – « et non plus pour la soutane ou le latin », remarque Don Le Gall – que les candidats au sacerdoce choisissent la communauté.
« En plus de la formation, qui était à mes yeux un critère important, très vite, dans mon discernement, l’aspect de la vie commune m’est apparu important. C’est le cœur de la vie sacerdotale de pratiquer la charité effectivement, témoigne Dominique, 31 ans, en 5e année de séminaire. Quand on entre dans la communauté, on en tombe amoureux, c’est comme une fratrie. » Quant à Ludovic, 29 ans, en 4e année, il a été attiré par l’identité de « ces prêtres-là », rencontrés lors d’un camp de l’Eau Vive : « Des prêtres bien dans leurs baskets, vraiment bien déployés dans leur humanité, les pieds sur terre et la tête dans le Ciel ». La mobilité à laquelle il sera appelé en tant que prêtre de Saint-Martin ne fait pas peur à cet ancien consultant parisien. Bien au contraire, il y voit une occasion de disponibilité spirituelle : « On pourra changer cinq ou dix fois de diocèse selon les besoins de l’Église. On voit ainsi la beauté de l’Église universelle. C’est pour moi un garant de sainteté sacerdotale ».
Avec quarante-cinq séminaristes, quand ils sont sept cent cinquante dans les séminaires français, la communauté ne prétend pas remplacer le clergé diocésain : « Nous avons quatre à cinq ordinands par an, rappelle Don Jean-Marie Le Gall. Cela reste très modeste ». Un chiffre toutefois non négligeable, qui permet à la communauté de porter des projets : « Nous avons déjà un prêtre qui s’occupe à plein-temps d’une aumônerie. Peut-être pourrions-nous être appelés à développer ce charisme. Et nous aimerions développer des missions dans les paroisses ».

Sophie le Pivain

Le grégorien pour tous

ARTICLE | 31/01/2009 | Numéro 1620 | Par Sophie Le Pivain

La Communauté Saint-Martin vient de publier une édition bilingue latin-français de la liturgie des Heures, avec les partitions grégoriennes.
En paroisse, en famille, ou bien tout seul, il est désormais possible de célébrer plus facilement la liturgie des Heures en grégorien. Après huit ans d’un travail de titan, la Communauté Saint-Martin vient, en effet, de présenter les Heures grégoriennes, le premier bréviaire qui met à la disposition du clergé et des laïcs la liturgie des Heures selon la forme ordinaire du  rite romain, en latin et en français, avec les partitions grégoriennes.
Les prêtres et les séminaristes de cette communauté séculière chantent les offices des Heures en grégorien, et les proposent souvent dans les paroisses dont ils ont la charge. Ils avaient d’abord entrepris le travail pour eux-mêmes, en vue de faciliter la récitation des offices dans leur communauté. Mais ils ont vite senti l’intérêt que pourrait aussi représenter cette nouvelle édition pour toutes les paroisses ou les fidèles désireux
de célébrer l’office divin.
« Le concile Vatican II a rappelé que la prière des Heures est la prière fondamentale des chrétiens, avant le chapelet ou l’adoration. Mais il faut reconnaître qu’en pratique, elle a disparu de la vie des fidèles », explique le Père Thomas Diradourian, de la Communauté Saint-Martin, le « maître d’œuvre » des Heures grégoriennes. « Avec le grégorien, qui est donné dans l’Église comme modèle du chant sacré, elles sont montrées dans leur beauté essentielle. » Les Heures grégoriennes se veulent donc une édition pastorale, qui a reçu, avec l’imprimatur, les encouragements du Vatican, et de plusieurs évêques français.
Parmi eux, Mgr Le Gall. L’archevêque de Toulouse, qui est aussi président de la Commission épiscopale pour la liturgie, a soutenu le projet depuis son origine : « Ces volumes se prêtent à une utilisation très souple qui permet de passer facilement du latin au français pour les hymnes, les antiennes ou la psalmodie. Le chant grégorien est exemplaire, car il offre une osmose entre le texte, la musique, et l’action liturgique », a déclaré cet ancien moine bénédictin.

Sophie Le Pivain