Lectio divina

Une lectio divina est un commentaire biblique sous le mode d’une lecture spirituelle et priante. C’est une méditation sur les textes de l’Écriture Sainte proposés par l’Église pour la Messe du jour.

« VOULOIR AIMER DIEU, C’EST DEJA L’AIMER… »

Lectio divina pour la Solennité du Saint Sacrement
Gn.14, 18-20 1Cor.11, 23-26 Lc.9, 11-17

L’Eglise nous donne ce dimanche pour nous ré-ajuster à l’Eucharistie à laquelle nous participons tous les jours ou chaque semaine, avec le risque de nous y habituer et de ne plus être attentifs aux fruits qu’elle veut nous donner.

L’Eucharistie, Source et Sommet…

L’Eucharistie est le sommet de l’économie sacramentelle : sommet vers lequel tout converge et source de laquelle tout découle, entre autres la guérison donnée par le Christ, Son pardon et la Vie. L’Eucharistie est le cœur de la Nouvelle Alliance.

Et pourtant qui d’entre nous pourrait prétendre vivre véritablement son Eucharistie ? Si nous la vivions vraiment ne serions-nous pas des saints ? Que ce soit le laïc qui participe au culte spirituel qu’est la Messe pour offrir sa personne, que ce soit le prêtre qui au nom de Jésus célèbre le sacrifice… Regardons ce qui pourrait nous assurer une meilleure communion à ce Sacrifice d’Amour.

Le Dies Domini…

Remarquons d’abord comment l’Eucharistie dans son institution a été préparée ! Jésus envoie Ses apôtres chercher la salle, préparer la chambre haute, la décorer. La Dernière Cène n’a pas été improvisée sur une table de cuisine, contrairement à ce que voudrait nous faire croire une certaine interprétation des textes conciliaires…

Et nous, comment préparons-nous notre Eucharistie ? L’Eucharistie instituée par Jésus l’a été un jour bien précis : pas n’importe quel jour, mais le jour où les Galiléens et les Esséniens faisaient mémoire de la délivrance de l’Egypte.

Quel est notre sens du dimanche ? Dans quel esprit nous levons-nous le matin du dies Domini ? Comment est-ce que nous vivons notre dimanche : comme un jour de « relâche » entre deux semaines de travail ? Comment vivons-nous l’Eucharistie dans notre dimanche ? Comme le centre, le foyer énergétique ou comme un « passage obligé » ?

Comment faisons-nous notre action de grâce ?

Après la Cène, il y eut l’action de grâce avec le chant de l’Hallel.

Comment faisons-nous notre action de grâce ? Je ne parle pas seulement des quelques minutes durant la purification des vases sacrés ! Non, je parle de notre action de grâce personnelle ; celle que nous pouvons faire dans le recueillement familial (temps partagé, promenade) ou ecclésial (chant des Vêpres)…

Jésus, après l’action de grâce rituelle, s’en va avec Ses apôtres au Mont des Oliviers ensemble, en famille. Jésus y laisse alors Son testament spirituel avant d’entrer dans Sa Passion. Qu’est-ce que notre vie familiale ou communautaire gagne à chaque dimanche ? Quel est notre dialogue entre nous ? Quelle est la profondeur de nos paroles, qui devraient se nourrir de notre Eucharistie du dimanche matin ?

L’Eucharistie, Présence vivante et quotidienne de Jésus dans le monde.

Peut-être manquons-nous à cette préparation, à cette poursuite, à cette action de grâce. Sûrement, même si ce n’est pas forcément par mauvaise volonté, mais un peu par ignorance, par lassitude, par routine…

C’est pourquoi l’Eglise nous donne cette journée pour replonger notre être tout entier dans ce mystère de l’Eucharistie qui est le Mémorial de la Passion de Jésus.

L’Eucharistie c’est la Présence vivante et quotidienne de Jésus dans le monde. C’est Sa Présence éternelle rachetant mon âme. Chaque pécheur, chaque pauvre peut venir tous les jours dans une église pour regarder l’Eucharistie, pour regarder le signe vivant et efficace de son salut, pour s’y nourrir dans la communion…

Nous pouvons tous chaque jour venir à tout moment à la chapelle implorer le pardon de nos fautes et recevoir la vie comme le fils prodigue, la Samaritaine, la femme adultère, Zachée ou Pierre… Parce que dans le tabernacle, il y a cette Présence du Pain consacré, parce que dans ce Pain consacré il y a le Christ réellement présent, présent dans Sa personne et dans Son acte sacerdotal. Présent dans Son sacrifice d’Amour qui emporte vers le Père Sa vie entière jusque dans la mort, dans une parfaite action de grâce…

Ipse Christus non ipsa Passio.

Le Christ est prêtre, le Christ est médiateur, le Christ a été institué par Son Père pour réconcilier le monde de Dieu et le monde de l’homme en S’offrant en victime. C’est ce même Christ Prêtre qui est dans l’hostie.

Et Jésus est prêtre, « pour toujours », dit l’épître aux Hébreux. Il intercède pour toujours. Il est, avec ce présent bien précisé par l’auteur, « Il est grand prêtre des biens à venir », c’est-à-dire de la Vie éternelle qu’Il nous transmet. Il a donné la Vie divine, la Vie sans tache, la Vie éternelle, la Vie qui est Amour, à travers le sang de Son humanité. Et Il continue à vivre cet acte sacerdotal devant Son Père au Ciel.

Si Jésus vit éternellement devant le Père Son sacerdoce unique et parfait, Il est devant le Père comme Il est sur la Croix. Lorsque nous communions au Christ, nous ne communions pas à la Croix qui est passée, il y a 2 000 ans, mais nous communions au même Christ offert en victime devant Son Père, au Ciel, avec les marques de Sa Passion dans Ses mains, dans Son côté et dans Ses pieds : Ipse Christus non ipsa Passio.

C’est le même Christ, mais ce n’est pas la Passion historique, pourrions-nous traduire. Et donc celui « qui mange sa chair, celui qui boit son sang », reçoit le Christ s’offrant tout uniment dans Ses puissances et dans Ses amenuisements. Il communie à chaque minute de la vie offerte de Jésus au Père dans la mouvance de l’Esprit d’Amour. Il s’associe à Sa vie de guérison et de recréation de l’homme ; il partage Son dépouillement accepté dans l’humble oubli de soi, manifestant ainsi jusqu’au bout et en pleine liberté l’amour inconditionnel du Père pour Ses enfants.

« Celui qui me mange vivra par moi… »

La nutrition eucharistique c’est l’activité rédemptrice de Jésus qui est projetée sur notre vie. Pour nous qui n’avons pas connu le Jésus de l’histoire, pour nous qui n’étions pas au pied de la Croix sur le Calvaire, l’activité rédemptrice du Christ, la vertu chaleureuse de Dieu est projetée sur notre vie, elle est projetée dans notre vie pour s’en emparer par la communion eucharistique. « Ma chair est une vraie nourriture, mon sang est une vraie boisson – parce qu’ils vous donnent Ma Vie dit Jésus – et je le ressusciterai au dernier jour. » Par l’Esprit dont ils sont porteurs, la Chair et le Sang donnent cette Vie qui fut la vie même de Jésus et qui est encore la même vie de Jésus au Ciel.

À une condition : il faut que notre cœur soit aussi grand que l’Amour qu’il doit recevoir dans l’Eucharistie : l’Esprit qu’elle contient. Si notre cœur n’est pas ouvert par l’amour pour recevoir l’Amour infini de Dieu présent dans l’hostie comment pourrions-nous Le recevoir ?

Vouloir aimer Dieu c’est déjà L’aimer !

« Je suis là à la porte de ton âme et je frappe, si tu m’ouvres j’entrerai et je mangerai près de toi et toi près de moi. » Si nous ne faisons qu’entrebâiller la porte, nous ne pourrons pas faire entrer Jésus.

Mais comment puis-je prétendre recevoir cette Eucharistie avec un amour infini puisqu’elle vient pour me le donner ? Comment est-ce possible d’aimer cette Eucharistie autant que cette Eucharistie est capacité d’Amour ?

C’est possible parce que vouloir L’aimer c’est déjà L’aimer ! A nos communions, il nous suffit de désirer aimer Dieu comme Lui nous aime réellement. Il nous suffit d’accepter que notre cœur soit effectivement rempli de cet Amour infini pour qu’il soit capable de s’ouvrir et de recevoir cet Amour pour en vivre.

Oui, et c’est le message récurrent de la spiritualité du Sacré-Cœur tel que Celui-ci l’enseigna par exemple à Sainte Gertrude : vouloir aimer c’est déjà aimer ! Vouloir aimer infiniment le Seigneur c’est déjà aimer infiniment le Seigneur.

Mgr Jean-Marie Le Gall

Communauté Saint Martin

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