Lectio divina

Une lectio divina est un commentaire biblique sous le mode d’une lecture spirituelle et priante. C’est une méditation sur les textes de l’Écriture Sainte proposés par l’Église pour la Messe du jour.

« AU CŒUR DE L’EGLISE JE SERAI L’AMOUR ! »

Lectio divina pour le 7ème Dimanche de Pâques
Act.1, 15-26 1Jn.4, 11-16 Jn.17, 11-19

Poursuivons notre réflexion sur l’Eglise qui vient de revivre liturgiquement le mystère de l’Ascension et se prépare à revivre bientôt le mystère de la Pentecôte.

Nous avons demandé dans la Collecte de croire que non seulement Jésus est assis à la droite du Père, dans la Gloire depuis Son Ascension, mais aussi que Jésus reste parmi nous présent jusqu’à la fin des temps comme Il nous l’a promis, selon ce que rapporte saint Matthieu.

Jésus reste parmi nous présent jusqu’à la fin des temps !

Nous avions vu en célébrant l’Ascension, qu’effectivement Jésus restait parmi nous par Son mystère de l’Eucharistie et qu’ainsi, en communiant à Sa Présence réelle, nous pénétrions déjà dans le Ciel, nous participions à Son éternité.

Puisque nous allons célébrer dimanche prochain la Pentecôte, il me semble juste de terminer cette réflexion en parlant de l’Eglise, en nous posant la question suivante : que dire, que faire pour tous ceux qui ne participent pas à l’Eucharistie ? Que ce soient des croyants d’autres confessions, que ce soient dans notre Église ceux qui sont empêchés de s’approcher de ce sacrement, que ce soient tout simplement parmi nous, ceux qui pour des raisons diverses ne connaissent pas, ne veulent pas, n’ont pas coutume de s’approcher de la Présence réelle et donc ne peuvent communier, par et dans l’hostie, à l’éternité glorieuse du Christ.

Parce qu’il est bien entendu que pour toutes ces personnes qui ont été rachetées par le Christ à la croix le Ciel n’est pas fermé !

Il y a donc un autre moyen, plus exactement un moyen identique présenté sous une autre manière pour s’unir au Christ et entrer ainsi déjà ici-bas dans la Vie éternelle.

Et ce moyen, les lectures nous le précisent, c’est la foi et la charité.

L’Eglise, sacrement de Salut…

L’Eglise, qui va être manifestée publiquement dimanche prochain dans le mémorial de la Pentecôte, poursuit l’Œuvre de Rédemption du Christ, unique Médiateur entre Dieu et les hommes. L’Eglise est donc dite sacrement de Salut. C’est-à-dire signe visible et efficace d’une réalité invisible -le Salut- c’est-à-dire l’union à Dieu, l’entrée dans la Vie éternelle, le partage de la Gloire commencé dès ici-bas. Elle est signe efficace, et donne la Vie, particulièrement à travers ces ‘mains’ que sont les sacrements, du Baptême au Sacrement des malades.

Mais l’Eglise n’est que signe. C’est dire qu’en elle-même, dans son être limité, dans sa taille localisable faite de personnes, dans un temps qui est le temps de notre terre, l’Eglise n’est pas le Salut. Elle seule Le possède dans son intériorité, mais elle Le reçoit d’En Haut. Elle est sacrement : elle Le diffuse, mais le Salut la transcende. Il faut bien faire la distinction.

Le Christ est le premier sacrement de l’Histoire.

C’est comme le Christ. C’est d’ailleurs parce que l’Eglise répand et communique la Vie rédemptrice du Christ qu’elle se définit avec les mêmes propriétés que Jésus, Verbe incarné.

Le Christ est le premier sacrement de l’Histoire. Il est sacrement du Père c’est-à-dire signe efficace (rédempteur), visible -dans Son humanité-, de cette réalité invisible qu’est la Vie divine qu’Il nous transmet : « Nul ne va au Père que par moi… »

Il est sacrement c’est-à-dire signe efficace : c’est vraiment le Salut de Jésus.

Mais Il est signe, autrement dit le Salut n’est pas circonscrit à Son humanité historique, le Salut n’est pas enclos dans ce que les apôtres ont pu voir et toucher. Non plus qu’il ne sera enclos dans ce qui va prolonger cette humanité rédemptrice historique à savoir l’Eglise et les sacrements.

Le Christ sauve le monde par Son humanité à cause de Son union au Verbe, à cause de Son union à la vie divine qu’Il reçoit et qu’Il transmet ; à tel point que la grâce que nous recevons dans les sacrements est la grâce que le Christ lui-même reçoit de Son Père et qu’Il laisse couler comme les fleuves d’eau vive dont parle saint Jean : « Celui qui me mange vivra par moi. »

Le Christ est sacrement, le Christ est canal, Il est l’organon disaient les Pères grecs, le passage, l’instrument par lequel la Vie divine donnée par le Père va se répandre sur l’humanité.

« Dieu est au-dessus de tous, par tous, et en tous. »

Ce qui est dit du Christ est dit de l’Eglise, tous les deux diffusent le Salut, mais le Salut les transcende.

Le Salut n’est pas limité à leur existence historique, juridique. Autrement dit je peux être atteint par le Salut sans toucher pour autant ces deux êtres que sont le Christ et l’Eglise dans leur existence concrète, historique, palpable, institutionnelle.

Il faut bien tenir ces deux vérités que si le Christ et Son Église sont les sacrements du Salut et que le Christ est unique Médiateur, ils ne retiennent cependant pas le Salut. C’est dire que le Salut peut être touché, peut être participé en dehors d’un contact humain avec le système sacramentel institué par Dieu à travers Son Fils, à travers l’Eglise, signe visible qui contient et transmet une Réalité invisible. Le Salut est au-dessus d’eux. Comme dit saint Paul : « Dieu est au-dessus de tous, par tous, et en tous. »

Tout homme qui appartient à Dieu appartient à l’Eglise…

Mais eux seuls les diffusent. Ce qui veut dire que celui qui est touché par le Salut l’est à cause du Christ, de Ses mérites, de Sa mort et de Sa résurrection et à cause de l’Eglise et dans l’Eglise.

C’est un mystère. Tout homme qui appartient à Dieu, qui demeure en Dieu, qui participe donc de la Vie éternelle de Dieu, qui entre dans le Salut, le fait par le Christ. En tant qu’il Lui est uni de manière mystérieuse et non pas de manière sacramentelle comme nous l’avons vu (à propos de l’Ascension) en montrant comment par l’Eucharistie nous nous assimilions au Christ.

On s’unit alors à Jésus pour entrer dans le Salut par ce que l’on appelle la communion ou l’union spirituelle. Il y a des âmes qui, sans s’approcher de tel ou tel sacrement, le Baptême ou l’Eucharistie, communient spirituellement à Jésus et donc entrent dans le Salut.

De même tout homme qui appartient à Dieu et qui demeure en Dieu (donc qui entre dans la Vie du Salut, dans le monde de l’Au-Delà, le monde de la Gloire), appartient à l’Eglise. Non pas d’une appartenance juridique, institutionnelle, mais d’une appartenance de sainteté.

« Celui qui croit en moi vivra… »

Alors qu’est-ce qui va définir cette union au Christ, cette appartenance à l’Eglise qui n’est pas une union sacramentelle, qui ne se fait pas au moyen d’un signe visible, tangible, l’eau du Baptême ou l’Eucharistie ? Qu’est-ce qui va définir l’appartenance à l’Eglise en dehors de cette appartenance juridique telle que les registres de chaque paroisse le notent : tel fidèle a été baptisé, est entré dans l’Eglise par l’application de la Parole et de l’eau du  Baptême ?

Les lectures nous donnent la réponse.

Jésus se consacre dans la Vérité, Lui qui est la Parole. Il se consacre pour que les hommes soient aussi consacrés dans la Vérité. Donc nous pouvons appartenir au Christ dans la mesure où nous aussi nous nous laissons consacrer par la Vérité, où nous adhérons à la Vérité dans tout ce qu’elle comporte.

« Ta Parole est Vérité » : c’est donc l’adhésion à ce que contient la Parole de Dieu. Même si cette Parole de Dieu nous l’ignorons ! Car Elle contient la Vérité : la Vérité de Dieu, la Vérité de la Création et des hommes, la Vérité de l’Amour de Dieu qui a envoyé Son Fils pour que nous en vivions …

Cette adhésion à la Vérité, à la suite du Christ, même si nous ne connaissons pas le Christ, cette recherche honnête, profonde, sans fin de l’homme en quête de vérité, n’est-ce pas finalement la foi ? Son objet chez telle ou telle personne pourra être bien évidemment flou, moins défini que chez ceux qui professent explicitement le Credo, mais c’est quand même la même adhésion à l’unique Vérité.

« Quiconque demeure dans l’amour demeure en Dieu. »

Et puis, il y a cet autre lien qui lui, nous fait appartenir à l’Eglise autrement que de manière juridique et institutionnelle par l’appartenance de sainteté invisible.

« Dieu est amour » nous dit saint Jean. Et « quiconque demeure dans l’amour demeure en Dieu. »

Or l’Esprit-Saint, l’Esprit d’Amour est l’âme de l’Eglise. « Là où est l’Esprit-Saint, là est l’Eglise » disait saint Cyprien. Celui donc qui demeure dans l’Amour demeure en Dieu, en l’Esprit et demeure ainsi dans l’Eglise. Celui qui demeure dans l’Amour, dans l’Amour vrai, celui-là demeure en Dieu, demeure en Son Corps, demeure en l’Eglise, même s’il n’est pas juridiquement, institutionnellement marqué comme appartenant à l’Eglise.

Voilà quels sont les deux moyens, qui permettent à l’homme, quelles que soient sa race, son époque, sa religion, de s’unir au Christ Sauveur, « unique Médiateur » et à l’Eglise qui n’est autre que Son Corps mystique.

« Nul ne va au Père que par moi »

Nul ne va au Père que par Lui, donc il n’y a pas de secret, il n’y a pas de mystère. Si j’entre dans le Salut, c’est par le Christ, par un Christ que j’ignore, que je ne connais point, que je n’ai pas rencontré de manière objective, que l’on ne m’a pas enseigné, mais que je redécouvre dans ma conscience d’homme, dans ma conscience droite qui recherche la vérité et dans mon désir du bien, dans mon amour du prochain.

« Hors de l’Eglise point de salut. » C’est cela que ça veut dire : hors de cet Amour vrai que je manifeste à mon prochain et que je ne peux manifester que si je suis uni à Jésus, et à Son Esprit qui est Amour, hors de cet Amour pas de salut. C’est pourquoi c’est sur la charité, sur les plus modestes de nos actes d’amour que nous serons jugés enseigne Saint Paul qui sera repris par toute la Tradition spirituelle, comme par exemple Saint Jean de la Croix.

« Au cœur de l’Eglise je serai l’amour… »

Cette petite réflexion doit élargir notre vision de l’Eglise, dans ce qu’elle a d’unique -à l’image du Christ-, à l’image de l’Acte pascal et dans ce qu’elle a d’universel.

Nous comprenons mieux ainsi jusqu’où s’étend l’universalité de l’Eglise avec le nombre de personnes qui lui appartiennent, plus ou moins proches de son centre, de son cœur. L’Eglise c’est un ensemble de cercles concentriques au centre desquels il y a le Cœur, l’Esprit de Dieu. Et autour du Cœur il y a les saints.

Au centre il y a Dieu et Son Feu d’Amour ; et tout autour il y a « les étincelles de sainteté », selon la belle formule de Catherine de Sienne.

Et puis, dans les autres cercles, il y a nous les pauvres fidèles. Il y a ceux qui essaient d’aimer le prochain, il y a ceux qui essaient d’adhérer à la Vérité et qui tournent comme les électrons autour de l’atome, plus ou moins proches, plus ou moins loin suivant le moment de leur vie et leur adhésion profonde à l’Amour divin qu’il faut recevoir et diffuser…

Cette vision universelle de l’Eglise catholique nous la montre comme compréhensive de toute l’humanité, en tant que cette humanité, comme disait Saint Paul VI, ce sont des hommes de bonne volonté à la recherche du vrai et du bon.

Le sacrement fleurit dans l’âme s’il y voit la foi et la charité qui l’accueillent

Cela nous permet aussi de nous remettre en question face à notre approche du sacrement puisque nous communions sacramentellement à Jésus par l’Eucharistie chaque dimanche.

Cela nous oblige à nous remettre en face de notre appartenance juridique et institutionnelle à l’Eglise.

Rappelons le : ce n’est pas un autre moyen, c’est une autre expression du même moyen. La preuve en est que lorsque nous communions à l’Eucharistie notre participation au sacrement ne donne du fruit qu’en proportion de notre foi et de notre charité ! Nous pouvons communier sacramentellement comme des ânes et ne rien recevoir du tout.

Le sacrement fleurit dans notre âme s’il y voit la foi, s’il est reçu dans l’amour caritatif.

De même notre appartenance à l’Eglise ne signifie rien si notre vie baptismale est morte, si nous sommes un « sarment desséché » c’est-à-dire si nous ne sommes pas unis à Jésus qui est le Cep par l’adhésion à la Vérité, si nous ne sommes pas unis aux autres sarments du Cep par l’adhésion de notre cœur.

Vision universelle de l’Eglise, vision intime et personnelle de notre Salut, à nous qui appartenons visiblement à l’Eglise… Alors, posons-nous donc la question : est-ce que nous appartenons de cœur au Christ  et à Son Église ?

Mgr Jean-Marie Le Gall

Communauté Saint Martin

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