Le célibat sacerdotal : témoignage d’un prêtre

Mercredi 16  juin 2021

Don Dominique Malmezat est prêtre de la Communauté Saint-Martin en mission dans la pastorale scolaire à Blois depuis 2016. Il a été nommé curé de la cathédrale de Gap à compter de septembre prochain. Il a bien voulu nous partager son expérience du célibat, en réagissant à cette phrase du livre de don Paul Préaux, Les prêtres, don du Christ pour l’humanité : « Le prêtre par son célibat renonce à épanouir humainement sa capacité à être époux et père selon la chair. Il choisit par amour de s’en déposséder pour vivre en époux et père selon  »… (p193)

 

 

Le célibat est l’acceptation d’un renoncement à une aspiration légitime de choisir une femme comme épouse et de lui permettre d’être mère. Alors comment transformer ce renoncement à un désir humain, qui peut être source de combat intérieur, en un célibat librement consenti ?

Il me semble que le célibat sacerdotal trouve son achèvement au cœur de la mission. C’est beau de voir comment le célibat donne du crédit à l’annonce de la Foi en un Dieu qui se donne par Amour et qui nous promet la Vie éternelle. Par exemple, les vraies questions de l’existence humaine sont souvent posées par les élèves durant les temps de classe, parce qu’ils ont un prêtre en face d’eux. Ou encore en salle des profs : la présence du prêtre au milieu d’eux, de l’homme consacré dans le célibat, est l’annonce de la VIE qui dépasse toute vie humaine. C’est là que se situe à mon sens le paradoxe du célibat sacerdotal. Le prêtre que je suis éprouve une joie immense à consentir à son célibat pour en faire le lieu de la charité pastorale.

Il me semble donc que c’est la relation tissée avec le peuple de Dieu confié au prêtre qui donne la matière pour nourrir le célibat sacerdotal. Dans cette relation de charité pastorale s’épanouit le plus beau fruit du célibat : la paternité.

Je n’ai jamais été plus heureux, dans ce ministère si spécifique de la pastorale scolaire exercé à Blois, que dans une cour de collège ou les élèves viennent spontanément saluer le prêtre. Il y a là quelque chose d’une paternité qui se goute et qui est spécifique au célibat sacerdotal.

Le prêtre est en effet celui qui donne à voir la paternité du Père. Cette paternité est incarnée mais elle ne se finalise jamais sur ma propre personne. Je vis la paternité mais je mène la personne vers l’unique Père. Je pense souvent à Saint Jean-Baptiste qui montre Jésus unique Sauveur : « Ecce Agnus Dei ». Le prêtre, comme Jean-Baptiste, doit attirer à Dieu et non à lui. Par ailleurs, j’écoute beaucoup de parents qui viennent me parler des difficultés qu’ils rencontrent avec leurs enfants. Tout en étant souvent bien limité pour leur trouver des solutions, j’entre dans la confidence d’une mère, d’un père et je tente à ma mesure de donner des éléments humains et spirituels. L’écoute des parents comme des enfants me permet de constater que l’homme qui se trouve derrière le prêtre se forge dans le célibat une humanité où transparait une paternité spécifique qui trouve sa source dans l’Eucharistie, dont les paroles trouvent un écho profond dans mon célibat librement consenti : « Ceci est mon corps livré pour vous ».