Figaro 26/04/2015

Proclero : le fonds créé par un prêtre

Par Marie-Cécile Renault – Mis à jour le 26/04/2015 à 10:41

dpa figaro proclero

L’abbé Pascal-André Dumont a lancé «Proclero», un fonds d’investissement éthique. Qui lui permet de financer la formation des prêtres de sa communauté, tout en diffusant les valeurs de l’Eglise.

Qui s’attendrait à voir un prêtre à la tête d’un fonds d’investissement? C’est pourtant le pari original de l’abbé Pascal-André Dumont, économe général de la Communauté Saint-Martin. Ce jeune prêtre a créé en 2012 le fonds Proclero (du latin pro Clero, «pour le clergé»), afin de financer la formation des prêtres de sa très dynamique communauté, installée en Mayenne. Car la communauté fait face à fort accroissement du nombre de ses séminaristes. Beaucoup sont diplômés de grandes écoles de commerce ou d’ingénieur, et la moyenne d’âge ne dépasse pas 36 ans.

Proclero dispose aujourd’hui de 33,5 millions d’euros, investis notamment par des fondations et congrégations religieuses, et ambitionne d’atteindre 100 millions d’euros. Le fonds est géré par Meeschaert Asset Managment, qui reverse une quote-part significative de sa rémunération de gérant à la Communauté Saint-Martin. Les investisseurs peuvent également, s’ils le souhaitent, faire don d’une partie de leur gain à la Communauté. «Aujourd’hui cela me permet de financer la formation d’une quinzaine de séminaristes par an», souligne l’abbé Drumont, sachant que la formation des prêtres dure 7 ans.

Un moyen de faire de la pastorale

Mais le fonds est aussi un moyen de faire de la pastorale. Piloté selon la doctrine sociale de l’Église catholique, «Proclero est un fonds pour faire le bien, un fonds éthique au service de la responsabilité morale», résume le jeune prêtre, qui est aussi professeur de droit canon. En clair, ce support de placement refuse d’investir dans certains secteurs (tabac, alcool, jeux d’argent, pornographie etc.) et privilégie des entreprises plutôt de petite taille, dont les produits ou services contribuent à l’épanouissement de la personne humaine, ou qui se distinguent par la qualité des relations à l’intérieur de l’entreprise et une gouvernance plus éthique.

«Les entreprises aujourd’hui sont en quête de sens et de repères. Elles sont beaucoup sur le «comment?» mais ressentent le besoin de réfléchir sur le pourquoi?»», conclut l’abbé Dumont. Banques et entreprises, pour qui il accepte d’animer conférences et séminaires sur le sens du risque ou la place de l’argent, se l’arrachent!