Articles 2012-2013

Don Louis-Hervé Guiny « Benoît XVI a été le formateur de nos séminaristes »

ARTICLE | 23/03/2013 | Numéro 1832 | Par Jean-Claude Bésida

Don Louis-Hervé Guiny, responsable du séminaire de la Communauté Saint-Martin :
« Par sa manière même de célébrer la liturgie, Benoît XVI a transmis l’essentiel, avec lequel nous sommes en symbiose et en communion. Par ailleurs, il s’est souvent adressé spécifiquement aux séminaristes. Et ses intuitions théologiques et spirituelles sont très précieuses.
Il rappelle discrètement et fortement les choses les plus importantes et les plus simples – comme le prêtre est d’abord l’homme de la prière. Pour des futurs prêtres qui peuvent avoir un fort désir d’action, il est important d’être ainsi ramené toujours à l’essentiel qui est l’intériorité.
Enfin, il montre aux séminaristes l’importance de la réflexion. Là où Jean-Paul II a pu donner le goût de la force apostolique et de l’audace, Benoît XVI montre le sens de l’étude sérieuse et de la réflexion. Avec une honnêteté qui nous a impressionnés dans ses ouvrages sur Jésus : il se remet en question alors qu’il est le pape. Quelle humilité intellectuelle !
Sa cohérence enfin est très éloquente : le geste même qu’il a posé de renoncer à sa charge illustre bien le risque de la foi. Il pose un geste de foi, geste qui pourrait ne pas être compris, mais il s’abandonne quand même à la Providence. Cette façon de faire complète bien celle de Jean-Paul II qui avait choisi de rester jusqu’au bout.
Sa manière d’exercer sa charge pontificale est très importante pour nous, Communauté Saint-Martin. Il a en effet toujours montré qu’on est serviteur de l’Église et jamais au-dessus. Il sert l’Église. Bref, on pourrait presque dire que c’est lui qui a formé nos séminaristes ! »

Don Louis-Hervé Guiny : « Le prêtre est là pour bousculer les âmes »

INTERVIEW | 16/07/2012 | Numéro 1797 | Par Propos recueillis par Samuel Pruvot

Pénurie des vocations, société sécularisée… Quelles sont les ­conséquences sur la perception de l’identité du prêtre ? L’éclairage du responsable du ­séminaire et de la formation des jeunes prêtres de la Communauté Saint-Martin.

FC : Que reste-t-il aujourd’hui du ministère sacerdotal ?

Don Louis-Hervé Guiny : “Il faut d’abord savoir que la place des prêtres a toujours beaucoup évolué dans l’histoire de l’Église, en France et dans le monde entier. Mais il faut distinguer ce qui change vraiment et ce qui ne change pas. Par exemple, en Europe, le nombre de prêtres a beaucoup diminué, mais le ratio prêtres/fidèles reste le même. Et il reste encore beaucoup plus de prêtres par catholiques en Europe que dans les anciens pays de mission.
Ceci dit, le ministère sacer­dotal est amené à beaucoup évoluer. C’est l’une des difficultés qui attendent les prêtres à notre époque : ils doivent vivre dans des structures qui se ­transforment très vite. Je pense à leur rapport aux laïcs, aux paroisses, aux ­missions. Il suffit de voir l’audit qu’a fait Mgr Pascal Roland dans son diocèse de Moulins (cf. FC n° 1790) pour comprendre que tout cela va changer très vite. C’est pour cela que l’Église a toujours cherché à discerner ce qui est invariable et ce qui est évo­lutif dans l’identité sacerdotale.
Dans ce contexte, il faut beaucoup insister sur le caractère invariable de l’identité sacerdotale dans la formation des prêtres. Plus un prêtre est conscient de son identité, plus il sera libre – sans en faire un refuge – d’adopter de nouvelles formes d’exercice de son ministère. Le prêtre doit apprendre à être très souple, docile et inventif, pour laisser la première place à l’Esprit Saint, « se laisser à l’Esprit », comme disait Monsieur Olier, le fondateur des Sulpiciens.”

FC : Sur le fond, qu’est-ce qu’un prêtre ?

“Les repères sont contenus dans la réflexion du concile ­Vatican II, mais aussi dans les nombreux enseignements de Jean-Paul II (notamment Presbyterorum ordinis) et de Benoît XVI. Pour définir la mission du prêtre, l’Église parle des tria munera, des trois charges du prêtre : celui-ci a pour mission d’enseigner, de sanctifier, et de gouverner. Tout le défi d’aujourd’hui est ­d’accorder ces trois charges. Le prêtre va-t-il devenir un aumônier de laïcs ou un pasteur d’âmes ? Je dis souvent que la vie du prêtre doit être articulée sur trois piliers : un pilier paulinien, c’est-à-dire missionnaire ; un pilier pétrinien, c’est-à-dire pastoral ; et un pilier johannique, c’est-à-dire contemplatif.
Le prêtre est aussi appelé à une grande cohérence dans son style de vie, parce qu’il est un signe nécessaire dans le monde, qui attire et dérange à la fois. J’aime beaucoup cette citation du cardinal Suhard, l’ancien archevêque de Paris : « Le prêtre doit être dans le monde le ministre de l’inquiétude ». Il doit inquiéter les âmes, les bousculer sur les vraies questions de la vie.
Aujourd’hui, les prêtres sont appelés à une grande exigence, pour conduire les hommes à une manière nouvelle d’aimer. En ce temps de crise des vocations, où le prêtre pourrait être écrasé par son ministère, je remarque que Benoît XVI insiste énormément sur l’importance de la prière.”

FC : Qu’a apporté Vatican II à la réflexion sur l’identité du prêtre ?

“Le concile nous a offert un très bel approfondissement de l’identité du prêtre, en insistant notamment sur le fait qu’il est « consacré pour la mission ». Le sacerdoce n’est pas un but en soi. Cela a permis de sortir d’une forme de cléricalisme. Il est très important de garder cela à ­l’esprit dans la réflexion sur l’identité du prêtre : celle-ci ne vaut qu’en vue de la mission envers les âmes. Grâce à cela, le rôle du prêtre s’est beaucoup ouvert, et sa place a été mieux définie, que ce soit par rapport aux laïcs ou par rapport aux évêques.
Quant à la mission du prêtre, Vatican II a été marqué par un grand débat entre deux tendances, l’une mettant en avant la vie spirituelle du prêtre, et l’autre son ministère. Il a résolu la question en répondant qu’on ne pouvait pas faire passer l’une avant l’autre, et que les deux aspects se nourrissaient l’un l’autre.”

FC : Comment répondre aux défis que pose la situation actuelle de l’Église et des vocations ?

Déjà, cette situation rappelle aux prêtres que les Apôtres n’étaient que douze ! Mais au-delà, il me semble que l’on pourrait améliorer les relations humaines dans l’Église. Étre plus attentif au charisme des prêtres dans les nominations. Dans les diocèses et les communautés, on manque parfois d’audace dans ce domaine. Il est important que le prêtre tienne à la fois l’exigence de la mission et celle de la prière.
Mais, dans ce cadre, il faut être souple. La fonction d’un curé est d’avoir en premier lieu le souci des fidèles de sa paroisse, et d’administrer celle-ci. Elle convient mieux à des prêtres qui ont la fibre pétrinienne. Un aumônier de jeunes, lui, aura plutôt pour mission d’aller à leur rencontre, dans un contexte de première évangélisation. C’est plutôt l’aspect paulinien du ministère.

FC : La relation entre prêtres et laïcs évolue aujourd’hui. Où se situe l’autorité du prêtre ?

Benoît XVI insiste beaucoup sur l’autorité du prêtre, mais il s’agit d’une « autorité de service ». Le prêtre est au service de la ­sainteté des laïcs. L’autorité du prêtre n’est pas la sienne, mais celle du Christ Tête, Pasteur, et Époux, auquel il est configuré. Il y a un lien existentiel entre le Christ et  chaque prêtre. Celui-ci trouve son unité de vie dans sa participation à la charité pastorale du Christ Lui-même. Et c’est dans l’eucharistie que tout prêtre puise à cette charité du Christ qui lui permet ensuite d’aimer les autres.
Mais dans le domaine de ­l’autorité pastorale, les contours du ministère sont encore un peu flous. C’est l’une des raisons du manque de réponses aux vocations. Les jeunes et les sémi­naristes ont besoin de pouvoir se projeter. Il est dommage qu’en France, où l’on a produit par le passé une très large réflexion sur l’identité et le ministère du prêtre, celle-ci soit devenue presque inexistante. Il y a un rapport entre l’être et l’agir du prêtre. Car c’est dans son identité bien comprise qu’il puise son zèle et sa joie.

Propos recueillis par Samuel Pruvot