Lectio divina

Une lectio divina est un commentaire biblique sous le mode d’une lecture spirituelle et priante. C’est une méditation sur les textes de l’Écriture Sainte proposés par l’Église pour la Messe du jour.

« L’EUCHARISTIE, DERNIER TERME DU MYSTÈRE D’AMOUR DIVIN. »

Lectio divina pour la Fête-Dieu – Année B
Ex. 24, 3-8 Hb. 9, 11-15 Mc. 14, 12-26.

Après la célébration de la Sainte Trinité, l’Église, faisant le grand écart, propose à notre contemplation jubilante le mystère de l’Eucharistie. Ce mystère ne clôt pas l’œuvre de la Rédemption qui s’achève, en tous les sens du terme, dans le mystère de l’Église. Mais la solennité du Corpus Domini, en tant qu’elle nous présente l’aboutissement de la manifestation de Dieu sur la terre, vient comme terminer la Révélation que Dieu fait de Sa vie de Père aux hommes qu’Il désire appeler Ses enfants. L’Eucharistie est le dernier terme du mystère d’Amour divin, comme la Trinité en est le premier.

Encore une fois, nous devons souligner que c’est l’Amour qui rend raison à tout ce que Dieu est, à tout ce que Dieu dit, à tout ce que Dieu fait.

L’Eucharistie est une autre manière pour Dieu de dire Son Amour…

Nous le savons maintenant, parce que Dieu est Amour, Il est Trine. C’est aussi parce qu’Il est Amour qu’Il se laisse assimiler dans la communion et contempler dans l’ostensoir.

Parce qu’Il est Amour, Dieu ne peut décidément pas être un solitaire, au prix sinon d’être le Solipsisme parfait qui justifierait ainsi l’existence de nos propres incurvations ! L’Amour parfait ne peut survivre que dans un Don permanent qui fait nombre en Son unité. Parce qu’Il est Amour ce Don ne peut que s’offrir au regard et à la communion nourrissante pour transmettre Sa propre Joie ineffable.

L’Eucharistie est une autre manière pour Dieu de dire Son Amour, un Amour qui est Sa Vie intime, un Amour qui n’aspire qu’à se propager avec le bonheur dont il est porteur.

« …Celui qui me mange vivra par moi. »

La dénomination de « Fête Dieu » pour célébrer la solennité du Corps et du Sang du Christ est très expressive de l’unité des mystères. Cette unité des mystères, apparemment très éloignés l’un de l’autre tant le premier (la Trinité) est confiné dans l’invisible et le dernier (l’Eucharistie) dans le charnel, Jésus nous en donne la clé lorsqu’Il conclut Son discours sur le Pain de Vie prononcé à la synagogue de Capharnaüm : « De même que le Père m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra par moi. » (Jn 6, 57).

Il est aisé d’en conclure que c’est par l’Eucharistie que nous rejoindrons le Père et la vie éternelle qui consiste à Le connaître (Jn 17, 1) : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. »

Rien de plus normal puisque l’Eucharistie est le sommet de la prière et que la prière n’est autre qu’affirmer à Dieu notre totale dépendance à Son égard. L’Eucharistie est donc le plus bel acte filial que nous posons, acte qui en même temps nous filialise chaque fois un peu plus, c’est à dire nous insère dans la Vie trinitaire qui n’est qu’Amour entre le Père et le Fils…

« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole, mon Père l’aimera. »

En répondant Amen à la communion, nous ne nous contentons pas d’affirmer notre foi en la Présence réelle que nous allons recevoir, nous affirmons également notre foi dans le mystère du Christ en tant qu’Il nous révèle la paternité de Dieu sur chacun d’entre nous : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera… » (Jn 14, 23).

Si donc je communie amoureusement à la Parole de Jésus qui me révèle que Dieu est Père et veut entrer en relation d’amour avec moi, alors cette alliance paterno-filiale se réalise effectivement. Elle se réalise par la médiation du Christ ainsi que le précise l’épître aux Hébreux de la liturgie.

C’est dire que l’Amen eucharistique du communiant est comme une synthèse récapitulative du Credo et du Pater. Si le second est la prière confiée par le Fils à Ses frères d’adoption, le premier est la réponse de l’Épouse à la demande en mariage du Créateur qui s’est fait Époux.

« Tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit. »

Le Maître d’œuvre de cette double activité de don et d’accueil, de révélation et de foi, de vie et d’action de grâce, d’offrande et de prière, c’est l’Esprit Saint. Là encore, rien de plus logique puisque l’Esprit est, au cœur de Dieu, Celui qui connaît le mieux la vie de Dieu, la pensée de Dieu et ce qui plaît à Dieu dira saint Paul.

C’est donc Lui qui, dans les gémissements inénarrables de l’Amour divin, ensemencera la Vierge Marie pour lui donner le Verbe. C’est Lui également qui donnera à Marie de répondre un fiat parfait, total, sans réserve ni reprise.

C’est enfin l’Esprit qui poussera Jésus à s’offrir comme une victime sans tache, comme l’écrit encore l’épître aux Hébreux.

De même c’est l’Esprit qui va transformer le pain en le Corps et le vin en le Sang de Jésus, Verbe incarné, sacrifié, eucharistié. C’est également l’Esprit qui, si nous L’avons appelé dans un grand désir, investira notre cœur en faisant en sorte que le Corps et le Sang reçus à la communion fassent de nous d’autres Christs, en faisant de nos actes des actes évangéliques.

En un mot, et à notre demande, Il transforme nos humanités pour en faire des « humanités de surcroît » comme aimait à dire Elisabeth de la Trinité. Et dans ces « humanités de surcroît » le Verbe peut poursuivre Son mystère d’Incarnation.

C’est l’Esprit qui fait l’Église par l’Eucharistie et lui donne de se tourner vers son Époux, purifiée et parée comme une fiancée pour son époux. Ainsi mue par l’Amour divin, l’Église entre dans la Vie trinitaire à la fois pour s’y réjouir et pour la dévoiler à tous les hommes de bonne volonté.

Pour cette mission de dévoilement et de don de la Vie, l’Église, par l’Esprit, fera l’Eucharistie au milieu des hommes et pour eux.

 

Mgr Jean-Marie Le Gall

Aumônier catholique

Hôpital d’Instruction des Armées de Percy, Clamart.

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