Lectio divina

Une lectio divina est une commentaire biblique sous le mode d’une lecture spirituelle et priante. C’est une méditation sur les textes de l’Écriture Sainte proposées par l’Église pour la Messe du jour.

Marc Chagall – La Création de l’homme – XXe s.

Lectio divina pour le vingt-deuxième dimanche 2015

CHOISIS LA VIE !

L’enseignement du 22ème dimanche ordinaire est très profond. A travers les textes, l’Eglise nous interpelle sur notre sens de la Parole de Dieu. Et, pour positionner le problème, elle va immédiatement à l’essentiel : aimons-nous Dieu ? Tel est le sens de la collecte avec laquelle débutera notre messe dominicale : « Enracine en nos cœurs, Dieu Tout-Puissant, l’amour de Ton Nom… », c’est-à-dire l’amour pour Ta Personne…

Petit examen de conscience intérieur et rapide

Est-ce que j’aime, véritablement Celui que je prie comme mon Dieu, ce Dieu qui est Quelqu’un de présent, qui est en relation avec moi car Il est une Personne ? Voilà une question à laquelle il est difficile de répondre. Aussi, pour nous aider Jésus nous donne-t-Il deux indications.

La première revient sans cesse dans l’Evangile et sera reprise par saint Jacques : « Celui qui m’aime, c’est celui qui écoute ma Parole et la met en pratique. » Voici un critère facile à utiliser pour analyser la profondeur de notre amour du Christ : la pratique, le service de la Parole.

Mais il y a un autre élément mesurant notre amour de Dieu, un autre critère que nous aurions tendance à oublier et qui pourtant nous permet d’appréhender, non plus l’effectivité de notre amour (« Celui qui m’aime est celui qui met ma Parole en pratique »), mais l’affectivité de notre amour pour Dieu. En effet, les Juifs ont eux aussi mis la Parole de Dieu en pratique. Et c’est même au nom de cette pratique qu’ils ont condamné et fait crucifier l’homme Jésus qui se disait Fils du Très-Haut… Alors, que veut dire : mettre en pratique la Parole de Dieu ? Lorsque, par le prêtre au confessionnal, Jésus entend les âmes Lui dire qu’elles n’ont pas tué ni volé, qu’elles ont respecté le dimanche et qu’elles aiment tout le monde, bref qu’elles pratiquent la Parole de Dieu, alors Il comprend qu’il n’y a même plus de pardon à donner puisqu’il n’y a pas de sentiment de péché. Et Jésus se dit : Elles mourront dans leur péché qui est de ne pas voir leurs péchés ! Ainsi avait-Il déjà parlé aux Juifs…

« Écoute mon fils ! »

Quelle beauté dans ces trois mots : Ecoute, mon fils ! Ces mots ouvrant la Règle de Saint Benoît, patriarche des moines d’Occident, sont déjà merveilleux dans la bouche de ce géant de l’Evangile. Combien le sont-ils plus encore lorsqu’ils sont de Dieu, ainsi que l’Écriture nous le rapporte : « Ecoute Israël, et mets ces commandements en pratique et tu vivras ! »

C’est simple. Et ce n’est pas un marchandage de la part de Dieu, comme nous avons tendance à croire ! Non, Dieu met seulement en évidence les chemins de la Vie.

Dieu nous fait libres et nous dévoile la route de l’accomplissement de cette liberté qui est la Vie. Comment voulez-vous que Dieu me contraigne puisqu’Il m’a fait libre ?! Ce serait absurde. Il a pris les risques de me créer libre, pourquoi voudrait-Il me contraindre ensuite ? Il a pris le risque de mon refus. Il a pris le risque du Mal possible. Il a pris le risque de voir empêcher le bien qu’Il me propose. Il prend tous ces risques en nous faisant libres, et nous voudrions ensuite que l’homme soit contraint ? Quel incohérence ! Dieu ne nous oblige jamais. Il nous éclaire toujours. Il nous montre la voie, Il nous montre ce que nous sommes appelés à accomplir, comme Jésus venu accomplir la Loi. Il nous indique comment nous devons achever ce qui en nous est semence filiale, afin que nous soyons, au contraire, pleinement libres !

« Je te montre le chemin de la vie… »

Cette liberté, que les philosophes tentent toujours de définir par sa finalité, est effectivement le bien le plus précieux de l’homme. Mais Dieu seul donne l’éclairage pour définir -dans sa finalité- cette liberté : l’accomplissement de ma personne qui est faite à l’image de Dieu.

L’apôtre Jacques demande de nous laisser éclairer par la Parole, de laisser notre intelligence être illuminée par ce soleil de la Révélation. Non pas tant pour être plus habile au niveau du ‘faire’, quoique… Mais pour que mon intelligence puisse percevoir la valeur morale qui doit se poser sur le dos de chacun de mes actes.

Aucune action humaine en tant qu’humaine n’est moralement indifférente. Malheureusement, mon intelligence est obscurcie par ma nature pécheresse et je n’arrive plus à bien saisir quelle est la valeur morale qui doit pénétrer mon acte. Regardons le problème de la bioéthique ; regardons les problèmes des relations de justice ou la question de la paix… Voilà à quoi me sert l’éclairage qui descend de l’Evangile sur mon intelligence. Cette Parole de Dieu m’aide à humaniser les actes que je pose, c’est à dire à les rendre plus conformes avec ce qui profondément me fait homme, ce qui me fait essentiellement homme.

Aimer la Parole, « glaive de l’Esprit » …

Pour comprendre donc le sens profond de cette parole de Jésus sur la pratique de Sa Parole comme preuve d’amour, il y a ce deuxième élément qui en fait, doit être premier dans notre vie : celui de l’affectivité dans laquelle, avec laquelle je dois considérer la Parole, La voir, L’écouter et La pratiquer ! Et cette affectivité c’est tout simplement l’étonnement, l’admiration, l’émerveillement devant ce que me dévoile cette Parole sur mon être, sur l’Etre de Dieu et sur ce que je suis appelé à devenir. Car Dieu, par nos mots pleins de terre, humblement Se décrit, Se dévoile. Il décrit aussi Sa Création, mon univers. Il Se montre et Se nomme ‘Père’ de mon âme en m’appelant Son fils… Alors, avant toute autre chose, je dois me poser cette question : suis-je vraiment émerveillé par ce dévoilement continu de la Genèse à l’Apocalypse ?

Il est certain que l’affectivité n’est pas suffisante. Saint Jean le dira dans une épître, glosant l’avertissement de Jésus : « N’aimons pas seulement en parole mais en acte et en vérité. » Cependant, cette affectivité est nécessaire, cet émerveillement est indispensable pour fonder l’effectivité de notre amour. Comment puis-je pratiquer la Parole, garder les commandements qui me dévoilent cette relation entre le Dieu-Père et l’homme-fils, si cette même relation ne m’attire pas, si mon âme est aimantée par d’autres besoins, si mon cœur se tourne vers un autre trésor ? Dans ce cas, je n’aurai aucune envie de pratiquer la Parole ! Ou je la pratiquerai à la manière des pharisiens que Jésus fustige, de manière purement extérieure, formaliste, par obligation juridique !

La Parole de Dieu, c’est Dieu Lui-même…

La pratique de la Parole n’est pas un esclavage ! Dieu ne veut pas de nous une obéissance aveugle, je veux dire irresponsable. La preuve en est que, comme Jacques nous le rappelle : « Dieu, par sa parole éclaire notre intelligence ». Il veut donc que mon choix soit véritablement humain et délibéré, même si la marche à la suite de Son Fils est remplie de chutes… Et ce désir de pratiquer la Parole comme responsable, en tant qu’homme libre et aspirant à la liberté ne peut donc être motivé que par l’émerveillement amoureux vis à vis de cette révélation que me fait la Parole de Dieu et de moi-même !

Je dis bien émerveillement amoureux car la Parole de Dieu n’est autre que Dieu Lui-même présent dans Sa puissance créatrice cachée dans l’humilité terreuse de nos mots humains. Si je m’applique consciemment (même en dérapant plusieurs fois par jour) à suivre les Béatitudes, ce n’est pas parce que je suis esclave, c’est au contraire parce que j’admire cette Vie que je découvre en moi et qui est un appel à la liberté, cette Vie que je désire développer, relation vitale de filiation que je sais être la clef de mon achèvement.

« Prends et mange… »

Comprenons donc bien la différence entre une définition absolument juridique, et même irresponsable de la pratique de la Parole, et, à l’opposé, l’attitude de l’enfant émerveillé par ce qui lui est révélé et qui veut prendre, manger, se nourrir de cette Parole qui est aussi douce que le miel. La pratique de la Parole ne peut être motivée que par ma recherche de la vraie Vie, par le désir d’augmenter en moi ce que Dieu a déposé en me disant : « Ecoute, mon fils… »

Nous savons ce qu’il y a dans la profondeur de notre nature humaine : l’image d’un Dieu Père qui a laissé Son empreinte éternelle en chacun de Ses enfants. Certes, l’image est troublée, floutée par les péchés, par les passions. Mais c’est Sa pureté que je dois retrouver avec l’éclairage de la Parole qui m’assure « qu’à Son image Il le créa. » Je dois retrouver en moi cette image aimable pour la faire vivre, grandir, pour m’y résoudre entièrement !

Une nouvelle évangélisation à la portée de chacun

Agir en homme, c’est agir conformément à l’image de Dieu qui est en moi. C’est rechercher dans le plus profond de mon être ce qui me distingue de l’animal : la présence vivante et paternelle de Dieu. Afin de pouvoir poser les actes, les plus humbles comme les plus grands, de manière à m’humaniser et à humaniser mes frères. Alors par eux je me sanctifie et je peux aussi bouleverser le monde, comme l’ont fait tous les saints !

Voilà la purification dont nous parle Jésus. Jean nous demande « d’être purs comme Celui-là est pur. » Il nous demande donc de dégager cette image de Dieu qui était parfaite en Notre-Seigneur et qui est troublée en nous, de la dégager, de purifier toutes ces scories qui m’empêchent d’agir comme le Christ, de faire de ma vie un évangile vivant pour mes frères… Point n’est besoin en effet de réécrire l’Evangile pour le mettre dans une langue plus adaptée. Point n’est besoin de se contorsionner à changer un mot pour un autre. La véritable actualisation de l’évangile, c’est moi qui dois la faire, c’est chacun d’entre nous, en se mettant sous le soleil de la Parole qui émerveille et illumine tout à la fois.

Mgr Jean-Marie LE GALL, Aumônier catholique H.I.A Percy, Clamart

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