Lectio divina

Une lectio divina est un commentaire biblique sous le mode d’une lecture spirituelle et priante. C’est une méditation sur les textes de l’Écriture Sainte proposés par l’Église pour la Messe du jour.

« CE QUE J’AI FAIT, FAITES-LE VOUS AUSSI ! »

Lectio divina pour le Dimanche des Rameaux Année A
Is.50, 4-7 Ph2, 6-11 Mt.26, 14-27, 66

Nous savons tous qu’aujourd’hui, par cette fête des Rameaux, nous commémorons l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Et nous pouvons tout de suite nous poser une question : pourquoi donc Jésus qui, pendant trois ans de vie publique a fui la gloire, a fui le triomphe, a voulu se cacher, pourquoi tout à coup, accepte-t-Il la reconnaissance royale du peuple de Jérusalem ? Souvenons-nous dans l’évangile, le nombre de fois où il est dit : « Voulant le proclamer roi, Il s’enfuit au désert…, Il se retira pour prier…, Il leur échappa… » Et voilà qu’aujourd’hui, comme pour précipiter certains évènements, Jésus accepte l’hommage de Jérusalem !

« Jérusalem, Jérusalem… »

Qu’est-ce que cette entrée triomphale à Jérusalem pouvait signifier pour les juifs de l’époque ? Regardons bien, et nous en tirerons le sens pour nous, chrétiens d’aujourd’hui.

Jérusalem, dans la tradition religieuse du monde d’alors est le centre du monde (ce qui n’est pas complètement idiot au point de vue géographique : pensons à l’appellation du ‘croissant fertile.

Jérusalem est le centre du monde : Jérusalem est aussi le sommet du monde spirituel qui s’élance vers Dieu. Et ce sera le sens des flèches de nos cathédrales : l’homme s’élance à la recherche de Dieu, il recherche la proximité avec Dieu. Jérusalem est considérée comme le sommet, l’endroit où l’on parle avec Dieu, le lieu où le monde rejoint Dieu, le point par où passe l’axe reliant le Ciel, la terre et les enfers ; nous retrouverons d’ailleurs toute cette symbolique dans l’architecture chrétienne.

« Tu l’as dit : Je Suis Roi ! »

Jésus entre donc à Jérusalem. Et sur un âne ! Ce qui signifie aussi quelque chose de bien précis. À l’époque, il y avait deux espèces d’ânes : il y avait l’âne de la ville et l’âne de la montagne, comme chez nous avec le rat des villes et le rat des champs ! Et l’âne de la ville était une monture royale.

Jésus en entrant dans la ville sainte, montant un âne se dit roi de Jérusalem, et donc roi du monde. Et Il se dit messie, envoyé de Dieu, grand prêtre, « celui qui fait le lien entre Dieu et les hommes », dira l’épître aux Hébreux.

Les juifs ne s’y trompent pas ! Pourtant ce peuple méconnaissait les Écritures, selon la critique des pharisiens et des scribes : « Tu es dans le péché, tu ne connais rien à la loi ni aux Écritures et tu veux nous faire la leçon ! » rapportée il y a quinze jours avec l’évangile de l’aveugle-né. Malgré cela, ce peuple simple comprend bien le message de Jésus !

Ce n’est peut-être pas parce que Jésus accomplit l’Écriture (comme le rappelle le texte de l’évangile : « Il accomplissait ainsi les Écritures » ; cette vision de l’accomplissement des Écritures étant plutôt le fait des doctes et des théologiens… Ce qui est sûr, c’est que pour les juifs de cette époque, Jésus se présente comme Roi du monde et Messie, et Il est acclamé comme tel : « Hosanna au plus haut des cieux, Hosanna au plus haut des cieux, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! », voici le Ciel qui descend sur la terre !

« Père l’heure est venue : glorifie ton Fils… »

Alors, pourquoi, aujourd’hui, Jésus décide-t-Il de se révéler, de se dévoiler, de se manifester subitement et triomphalement, Lui qui est « doux et humble de cœur » ?

Parce que l’heure est venue, cette heure qui revient de manière constante dans l’évangile de Jean : l’heure de Cana, l’heure de la Cène, l’heure de l’entrée à Jérusalem…

Cette heure bien sûr n’est pas tant celle de la glorification du Fils pour Lui-même que la glorification du Père par le Fils ! « Père, glorifie ton Fils pour que ton Fils te glorifie ! »

Cette heure, cette fameuse heure de Jésus, pour laquelle Il est venu – « C’est pour cette heure que je suis venu »-, cette heure c’est l’heure du don de Sa vie pour sauver le monde, et permettre aux hommes d’être sauvés en posant un acte de foi en Lui !

Jésus n’a eu de cesse de répéter tout au long de Son ministère public : « L’œuvre de Dieu est que vous croyez en celui qui l’a envoyé… »

Et le moment est là où la foule proclame sa foi : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Oui la foule, les enfants, les femmes, les simples, les pauvres, les aveugles, les estropiés, tous ceux qui ont été guéris ou qui voudraient être guéris proclament leur adhésion au Serviteur de Dieu : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »

« C’est pour cela que je suis venu. »

Aujourd’hui, nous devons nous arrêter pour contempler, pour admirer, sans mépris ni mélange, cet acte de foi posé par la population, qui n’est pas encore (mais qui sera) la populace du Jeudi et du Vendredi Saint.

Nous insistons trop souvent sur ce fait que ceux qui adorent et acclament Jésus aujourd’hui sont ceux qui le crucifieront dans quelques jours. C’est vrai, mais nous qui voulons faire mémoire de ce jour triomphal, combien de fois péchons-nous dans la journée ?

Ne soyons pas méprisants, ne soyons pas méfiants devant cet acte de foi des foules de Jérusalem ou venues d’ailleurs pour la fête de la Pâque : de Galilée, de Samarie, de la basse Judée, de la Décapole… Soyons comme Jésus : posons sur cet acte de foi un regard simple et pur comme le regard de Dieu.

« C’est pour cela que je suis venu », dit Jésus : pour que ceux qui croient en moi aient la Vie Éternelle ! Cet instant unique dans l’évangile, est l’instant où le peuple juif dans son immense majorité pose un acte de foi en la Royauté, en la Messianité, en la Divinité de Jésus !

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »

Et nous voudrions que Jésus n’accepte pas de regarder avec une attention amoureuse cet acte de foi ? Nous voudrions que Jésus pense déjà aux cris que nous avons entendus dans la Passion : « Crucifie-le, crucifie-le ! »

Mais c’est pour cela qu’Il est venu donner Sa vie : pour permettre à l’homme de poser un acte de foi, un acte d’adoration en Dieu et en Son amour rendu visible par Lui !

Et Il est prêt à donner le prix.

C’est à partir d’aujourd’hui que la Passion commence ; c’est devant cette expression de joie de la foule que les pharisiens vont voir leur haine s’exciter jusqu’à décider la mort. Il le sait. Il sait le prix qu’Il va payer. Mais Il est prêt à tout pour entendre de Ses oreilles d’homme, de Ses oreilles de Dieu incarné, de Ses oreilles de Verbe fait chair, cet acte de foi : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »

C’est la première leçon d’aujourd’hui.

« Il nous a marqué le chemin pour que nous allions sur ses traces… »

La deuxième est celle-ci. Jésus accomplit les Écritures. Il accomplit ce qu’a dit le Prophète. Mais lui-même est Prophète, comme le souligne le texte : « Qui est-il, que se passe-t-il ? C’est le Prophète Jésus de Nazareth ! »

C’est le Prophète ! C’est vrai que Jésus est Dieu, c’est vrai qu’Il est Messie. Mais c’est vrai aussi qu’Il est prophète. Il est le grand prophète annoncé par Moïse.

Et qu’annonce-t-Il ce grand prophète ? Il annonce ce que doit faire l’Église.

Et que doit-elle faire l’Église ? Ce qu’Il a fait !

Tous les textes de saint Pierre qui nous sont donnés à méditer pendant ces jours saints nous le rappellent : « Il a vécu pour nous donner son exemple… Il s’est livré aux souffrances pour que nous fassions de même… »

Nous ne cherchons pas la Croix, nous la Lui laissons : Il en est le seul propriétaire. Mais nous parlons de ces souffrances quotidiennes de l’annonce de l’Évangile. Voici le message de Jésus aujourd’hui.

« Ce que j’ai fait, faites-le vous aussi. » Vivez, soyez tels que les hommes en vous voyant posent un acte de foi !

« Faites de bonnes œuvres pour que les hommes glorifient le Père. »

Il le dit ailleurs dans l’Évangile : « Faites de bonnes œuvres de manière à ce que les hommes glorifient le Père. »

Quelles bonnes œuvres ? Être tels que les hommes en vous voyant posent un acte de foi. Et n’allons pas mépriser cet acte de foi du pauvre, de celui qui est marginal à l’Église, de celui qui trahit peut-être : comme nous, pas plus pas moins !

Quel que soit le prix que nous ayons à payer dans notre vie familiale quotidienne, professionnelle, communautaire, paroissiale, soyons tels que nous aidions, que nous stimulions les hommes à poser un acte de foi, parce que l’acte de foi est une semence d’éternité.

C’est pour un acte de foi que Jésus est mort ! C’est pour un acte de foi de ces pauvres de Jérusalem que Jésus est mort !

Et nous devons entrer à Sa suite dans la Passion, mourir à nous-mêmes, de manière très simple, pour que ceux qui nous voient puissent poser cette semence d’éternité, ce grain qui fleurit en Vie éternelle.

C’est la grâce que je vous souhaite pour entrer en Passion.

Mgr Jean-Marie Le Gall

Aumônier catholique

Hôpital d’Instruction des Armées de Percy, Clamart.

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