Lectio divina

Une lectio divina est un commentaire biblique sous le mode d’une lecture spirituelle et priante. C’est une méditation sur les textes de l’Écriture Sainte proposés par l’Église pour la Messe du jour.

« ME VOICI, DE QUOI AS-TU BESOIN ? »

Lectio divina pour le 5ème Dimanche Ordinaire Année A
Is.58, 7-10 1 Co.5, 1-5 Mt. 5, l3-16

Essayons de comprendre cette expression de Jésus :  « Vous êtes la lumière du monde. » Est-ce un compliment ? Est-ce une constatation ? Est-ce une exhortation ?

Le Verbe qui est la Lumière véritable éclaire tout homme

Comment Jésus peut-Il nous appeler lumière du monde, puisque le Verbe est La Lumière véritable, nous rappelle Jean dans le Prologue ? Comment peut-il y avoir d’autres êtres dans le monde qui soient lumière ?

Parce que le Verbe qui est la Lumière véritable éclaire tout homme. Le Verbe donne Sa Lumière en venant chez l’homme : c’est le mystère de l’Incarnation qui s’éloigne maintenant de notre mémoire puisque nous nous orientons vers la montée quadragésimale en direction de Jérusalem.

Le Verbe donne Sa Lumière en venant chez l’homme ; mieux, en venant en l’homme. Et c’est le mystère du Baptême, de l’incorporation au sacrifice pascal vers lequel maintenant nous nous dirigeons. C’est par ce mystère que nous devenons un avec le Christ. Donc, si le Verbe donne Sa lumière à l’homme, on peut effectivement dire avec Jésus : « Vous êtes la lumière du monde »

« Que votre lumière brille… »

Il faut noter que Jésus ne dit pas : vous êtes Ma lumière, comme Il dira : « Vous êtes mes témoins. » Il dit : « Que votre lumière brille… »

En quelque sorte, par le Baptême, je deviens ou je peux devenir producteur de ma lumière. C’est important de nous rendre compte que l’homme n’est pas une lanterne contenant dans son intérieur une réalité étrangère. L’homme, par le Baptême est configuré à Jésus : c’est un mystère non pas seulement de participation, mais d’osmose, de communion qui fait que l’homme baptisé devient ce que le Christ est Lui-même.

L’homme devient lumière de Jésus. Il n’est pas seulement porteur de la lumière d’un Autre. Il devient lui-même lumière parce qu’il est lui-même cet Autre ! C’est ce que Jésus révèle à Sainte Catherine de Sienne lorsqu’Il lui dit : « Je suis le feu, vous êtes les étincelles. » Il y a communauté de nature. C’est le mystère de communion que Jésus invoque dans l’évangile de Jean lorsqu’il dira : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Unité de perfection qui respecte l’altérité entre le Fils et le Père, mais qui fait en sorte que le Fils ne dit et ne fait que ce que le Père souhaite et désire.

« La Vie était la Lumière… »

Que veut dire être lumière ? Lorsque Jean nous dit : « Le Verbe est la Lumière véritable », quel est le sens que nous devons donner à cette affirmation ?

Jean écrivait juste avant, toujours dans le Prologue : « La Vie était la Lumière » Autrement dit être Lumière c’est être Vie. Le Verbe qui est Lumière véritable est source de Vie parce qu’Il est plénitude de Vie : Il donne la Vie parce qu’Il la possède en Lui- même parfaitement : « Ma vie nul ne la prend c’est moi qui la donne, et j’ai le pouvoir de donner et de reprendre ma vie. » Et donc, la vie de tous ceux qui me sont unis par le Baptême…

Le Verbe est source de Vie comme Il est plénitude de Vie ; entre ce point alpha et ce point oméga, le Verbe est sagesse de Vie, direction, route : « Je suis la Voie, je suis la Vérité, je suis la Vie … ”

Et Jésus, qui vient rendre présent et visible le Verbe, manifeste cette triple qualité du Fils de Dieu par Son enseignement de sagesse, par Sa miséricorde, par Ses miracles. Jésus fait le bien, Jésus donne la vie, Jésus développe la vie, Jésus redonne un sens à la vie.

« Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il vient à la Lumière »

Si le Verbe s’est fait chair, s’Il a habité parmi nous, c’est pour qu’effectivement nous devenions nous aussi lumière : « Que votre lumière brille… » Il n’est pas venu pour que cette lumière soit mise sous le boisseau, mais au contraire pour que la lumière jaillisse, et trônant sur le lampadaire, qu’elle éclaire toute la maison, toute la communauté, toute l’Église et par elle le monde !

Pour que nous soyons lumière, pour que cette réalité du Baptême, cette possibilité d’osmose avec Jésus Lumière se réalise, il faut bien entendu suivre le Christ, être comme Lui : « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il vient à la Lumière », il est dans la Lumière, il est Lumière !

« Vous êtes le sel de la terre… »

Nous donc les baptisés, nous devons, comme le Christ, donner la vie, préserver la vie, transformer la vie, la développer, lui donner son sens, lui donner la direction juste.

C’est d’ailleurs le sens du petit paragraphe qui précède l’évangile de la lumière, où Jésus dit : « Vous êtes le sel de la terre, si le sel perd sa saveur, qui lui redonnera son goût ? »

En grec le mot affadir, est le même que l’expression perdre la tête. Aussi lorsque Jésus parle du sel, il veut signifier : vous êtes le sel de la terre, si vous venez à perdre la tête, qui donnera le sens à notre monde ? Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la sagesse du monde… Le sel n’est-il pas d’ailleurs dans l’humanité le symbole de la Sagesse ?

Nous devons garder la vie, depuis la vie biologique de la procréation des parents jusqu’à la vie spirituelle, la vie morale. Nous devons développer cette vie, la nôtre, celle de nos proches, celle de nos familles ; nous devons signifier, nous devons être la Sagesse dirigeante, donnant la direction à la vie.

« Je suis le Dieu des vivants… »

Plus précisément, le mystère de Dieu étant de donner la Vie à tout homme (« Je suis le Dieu des vivant… », « Je ne veux pas que l’homme périsse mais qu’il vive… »), nous serons lumière, c’est à dire nous serons vivifiants à l’image et à la suite du Christ, si nous participons à la réalisation de ce mystère, si nous rendons au monde cette justice de l’Amour de Dieu qui est de donner une vie signifiante à tout homme.

C’est ce qu’évoque le prophète Isaïe : donner le pain, accueillir, revêtir, tous ces actes, que Jésus reprendra lorsqu’Il nous parlera du Jugement –« J’étais nu, vous m’avez habillé, j’avais faim, vous m’avez nourri, j’étais seul, vous m’avez visité »– ne doivent pas être vus seulement comme la spécificité de Saint Vincent de Paul ou du Secours Catholique. Voyons-y la mission profonde, spirituelle, intérieure de tout baptisé qui doit participer en tant que fils de Dieu au mystère de Dieu qui veut que tout homme, l’étranger, l’émigré, le pauvre, la veuve, l’orphelin, le délaissé, le marginal, que tout homme ait une vie signifiante. Comme nous disons dans notre langage moderne : digne ! Oui, les droits de l’homme c’est d’abord le droit de Dieu à donner une vie, une vie signifiante à tout homme.

« Celui qui m’appelle, je l’écouterai et je répondrai : Me voici. »

Alors, « ta lumière jaillira comme l’aurore, alors ta justice marchera devant moi », dit la prophétie…

Et la récompense, cette merveilleuse promesse de Dieu : « Celui qui m’appelle, je l’écouterai et je répondrai : Me voici. »

Ce n’est plus maintenant Dieu qui demande à l’homme de répondre comme Abraham, comme Samuel : « Samuel, Samuel : me voici, parle Seigneur… », « Abraham, Abraham : me voici Seigneur… » C’est Dieu qui répond à l’appel de l’homme en lui disant : Me voici, de quoi as-tu besoin ?

Dieu nous fait cette promesse pour nous rassurer, nous les timorés de la charité qui n’avons jamais assez d’argent, qui n’avons jamais assez de temps, qui n’avons jamais assez de telle ou telle chose ou de telle ou telle qualité… C’est en effet la réponse que nous donnons lorsqu’on nous demande tel ou tel service : désolé, je n’ai pas !

Si cela peut être vrai humainement, il faut savoir faire confiance en cette Providence de Dieu qui assure que celui qui veut être lumière à la suite du Fils et dans le Fils, que celui qui veut vivifier la vie de ses frères, que celui qui veut redonner un sens, à la vie de l’homme, à celui-là Dieu répondra toujours : Me voici, de quoi as-tu besoin ?

Mgr Jean-Marie Le Gall

Aumônier catholique

Hôpital d’Instruction des Armées de Percy, Clamart.

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